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Habitat à la mode au temps des usines textile,
logement « insalubre » après 1945, les courées
font aujourdhui lobjet dun vaste programme de
revalorisation. A Roubaix et Tourcoing, avant de renouer avec ce
passé ouvrier, les politiques durbanisme sont passées
par différents « âges ».
Lâge dor (1850-1945)
De tradition minière, le Nord a également
longtemps vécu de la production textile. Au XIXe siècle,
Roubaix et Tourcoing sont des villes fleurons dans le domaine de
la laine.
Avec la multiplication des usines, près
dune centaine à Tourcoing, les courées se multiplient
en plein centre des villes. Un mode dhabitat « standardisé »,
calqué sur un schéma simple : un ensemble de petites
maisons accolées les unes aux autres, bâties autour
dune cour, perpendiculaires à une rue, auxquelles on
accède par un couloir.
« A lépoque, les
courées représentent une avancée sociale pour
les ouvriers, elles permettent un cadre de vie communautaire, à
proximité des usines », analyse George Voix,
directeur de lObservatoire urbain de Roubaix.
Entre 1850 et 1912, les courées poussent
comme des champignons. 33 courées recensées à
Roubaix en 1851, 500 vingt ans plus tard, et 1500 à la veille
de la première guerre mondiale.
Résorber lhabitat insalubre (1945-1980)
Petites bâtisses sans fondation, « les
courées nétaient pas faites pour durer »,
reconnaît George Voix. Les logements deviennent rapidement
insalubres et sont le théâtre, à plusieurs reprises,
de graves épidémies de choléra et de tuberculose.
Après la guerre, confie Peter Maenhout,
historien au centre dhistoire locale de Tourcoing, « on
a préféré reloger les habitants des courées
dans les tous nouveaux HLM, et réserver ces logements vétustes
pour les populations immigrées ».
A Roubaix, cest lépoque du
« 1 % salarial ». Laccord signé
en 1946 entre la CGT et le patronat donne naissance au Centre interprofessionnel
du logement, auquel les patrons versent 1 % de la masse salariale,
afin de lancer la construction de logements sociaux.
Dans le même temps, un Comité daction
pour le logement et la lutte contre les taudis voit le jour et réfléchit
à lavenir des courées.
En 1971, la loi Vivien lance la procédure
de résorption de lhabitat insalubre, et incite Roubaix
et Tourcoing à entreprendre la démolition de ces logements
collectifs. Une vraie saignée dans le paysage urbain des
métropoles du Nord.
A Roubaix, « plus de 2000 maisons
de courées sont rasées entre 1971 et 1982 »,
indique Caroline Lucats, directrice adjointe de la Maison de lHabitat.
La population réagit souvent mal à ces démolitions
systématiques. « Plutôt que de détruire
les courées, leurs habitants demandent quon les réhabilite »,
explique George Voix.
Réhabiliter et restructurer les courées
(1980-
)
A partir des années 1980, la philosophie
change. Conscient de lintérêt historique de ces
habitations, Tourcoing entreprend de les restaurer, avec le soutien
de la Communauté urbaine de Lille. Des travaux dassainissement
et dembellissement sont réalisés par la mairie.
A Roubaix aussi, on change de méthode.
« Dune politique de résorption au bulldozer,
la municipalité est passée à une politique
de résorption à la brouette, au cas par cas »,
résume George Voix.
Les mairies de Roubaix et Tourcoing multiplient
les acquisitions de courées pour lancer des travaux de réhabilitation.
Les négociations avec les propriétaires
privés sont souvent longues et difficiles : la recherche
des héritiers et la signature dun accord à lamiable
prennent du temps. « En
moyenne, 5 à 8 années de délai sont nécessaires,
avant que la ville devienne propriétaire du foncier »,
indique George Voix.
Aujourdhui, le processus arrive à
son terme. A Roubaix, il reste encore une cinquantaine de courées
à réhabiliter, sur les 192 recensées.
Et la politique de « maintien des
courées » continue dévoluer. « Depuis
1998, il ne sagit plus seulement de réhabiliter à
lidentique, souligne Caroline Lucats, mais de restructurer ».
La restructuration, dernier « âge »
des courées.
Ensoleillement, accès aux services
Les courées doivent offrir le maximum de « confort
» à leurs occupants. Des courées de luxe, comparées
à leurs ancêtres du XIXe siècle.
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