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Les deux vies des courées Dubar et Dekien

Clément Dossin, Yaël Goosz

« Ville d’art et d’histoire », Roubaix veut sauvegarder son patrimoine industriel, aider ses habitants à se réapproprier leur passé. Vestiges de l’âge d’or textile, les courées Dubar et Dekien, entre les rues Moulin et Chanzy, vont bénéficier d’un traitement de faveur.

Après avoir retiré les clés au Soho, le bar voisin, on pénètre par un couloir sombre et étroit. Une bassine d’eau remplie de pommes de terre traîne sur le sol. Quelques chats errants prennent la poudre d’escampette.

Pissenlits et mauvaises herbes cohabitent dans les jardinets qui servaient autrefois de potagers aux ouvriers.

Solitude, mélancolie du décor. On longe une enfilade de petites maisons abandonnées. Elles font peine à voir : vitres cassées, façades noircies, portes défoncées. On passe la tête, on fait quelques pas à l’intérieur.

Au rez-de-chaussée, une pièce, puis une deuxième… Un escalier… Mais le papier peint décollé et le plancher vermoulu freinent l’ardeur des plus curieux. On fait demi-tour en attendant la renaissance des petites maisons ouvrières.

Quatre « maisons-témoins »

Car les courées Dubar et Dekien ne seront pas démolies. « Inscrites depuis 1998 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, elles font l’objet d’un programme de revalorisation », explique Marianne Pattou, animatrice au service patrimoine de la mairie de Roubaix.

Il y a un siècle et demi, dans les maisons de la cour Dubar, les ouvriers du textile travaillaient à domicile. Terre battue, intérieur enduit au torchis… Un univers que la ville de Roubaix, la DRAC et l’organisme Logicil, vont reconstituer à l’identique d’ici 2005. « Pour la première fois, une courée sera ouverte au public avec un objectif pédagogique », insiste Marianne Pattou.

Sur les 19 maisons, quatre ouvriront leurs portes pour témoigner du passé industriel de Roubaix.

Pour l’instant, les promoteurs du projet ne sont pas d’accord sur la manière de reconstituer les pièces. « En dehors du métier à tisser, il y avait très peu d’objets. L’intérieur était sobre, il ne faut pas qu’on triche avec l’histoire », avertit Marianne Pattou.

« Les maisons seront ouvertes de manière ponctuelle », prévient l’animatrice. Pour ne pas déranger la vie de leurs futurs voisins.

L’Oiseau Mouche prend quartier

En effet, en marge du projet pédagogique, les autres maisons de la courée accueilleront des comédiens handicapés mentaux de la compagnie L’Oiseau Mouche. Les nouveaux locataires devraient emménager fin 2004 au plus tôt.

Pour Amaro Carbajal, président de l’association, le lieu est parfaitement adapté aux besoins des pensionnaires. « Les personnes dont on s’occupe ne sont pas capables de vivre en autonomie. Là, elles trouveront un lieu fermé et sécurisé ».

A l’heure actuelle, les comédiens de l’Oiseau Mouche habitent une grande maison bourgeoise de la rue Inkermann à Roubaix. Et même s’ils occupent des chambres individuelles, le déménagement dans les courées Dubar et Dekien sera aussi un moyen de « retrouver une certaine intimité », souligne M. Carbajal.

Chaque comédien occupera une maisonnette. « La dernière sera réservée aux éducateurs qui se relaieront jour et nuit », indique le président de la compagnie.

Des courées « confortables »

Cadre de vie agréable, bon ensoleillement, faible coût de l’assainissement… Les courées Dubar et Dekien répondent aux critères fixés par la communauté urbaine de Roubaix pour enclencher une politique de « restructuration ».

Perle rare pour les spécialistes de l’architecture ouvrière, Dubar et Dekien représentent l’une des 192 dernières courées visibles à Roubaix. Il y en avait 1500 au début du siècle dernier.

Sauvées par l’opération « maintien courées », les courées Dubar et Dekien se repeuplent, quand d’autres se vident et disparaissent du paysage.

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