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Deux fois par an, des artistes investissent de leurs
toiles ou sculptures danciennes usines de Roubaix, capitale
historique du textile. Depuis 1999, le V.R.A.C. est loccasion
dune rencontre entre patrimoine industriel et art contemporain.
Finie limage de Roubaix symbole dun
monde industriel à la dérive : depuis 15 ans, les
membres de lassociation Art-Action agitent le potentiel créatif
de leur ville et multiplient les initiatives pour promouvoir la
culture et le patrimoine sous toutes ses formes. En 1999, un des
Art-acteurs , Olivier Muzellec, met en place une nouvelle
manifestation artistique.
Objectif : faire des friches industrielles
des halls dexposition. Concept : un lieu, un artiste.
Nom : V.R.A.C. ou Voyage Roubaisien dans lArt Contemporain.
Deux fois lan, une ancienne usine de Roubaix (jamais la même)
se transforme en galerie pour une dizaine de jours, autour danimations
et de rencontres avec lartiste.
Un patrimoine industriel oublié
À lorigine, le VRAC naît
comme une alternative aux galeries dart un peu fermées,
un peu guindées, au public dhabitués. Art-Action
se tourne alors vers danciens lieux industriels, souvent des
usines de textile désaffectées, bien décidé
à y faire entrer la culture contemporaine. « Ce
sont des lieux magnifiques, riches et chargés dhistoire,
ça aurait été dommage de ne jamais les mettre
en valeur » explique Olivier Muzellec.
Chaque artiste investit de ses oeuvres lusine
ou lentrepôt en se servant de larchitecture originelle
du lieu, des teintes sur les murs ou des objets laissés à
labandon. Pendant quelques jours, lâme de lartiste
habite la demeure et son art se fond dans un espace presque intact.
Entre mystère harmonieux et poids de lhistoire, latmosphère
générée est singulière et surprenante.

© - Alain Lauras
Lorsque, pour le premier VRAC, Sandrine Blin,
peintre de Calais, expose ses travaux dans lusine Roussel,
le concept séduit plusieurs centaines de personnes qui découvrent
leur propre patrimoine mis en valeur. Depuis, le VRAC a révélé
de multiples endroits fermés au public, oubliés par
la population, comme les usines Lepoutre, Vanoutryve, Vano, Cavrois-Mahieu,
ainsi que la courée Dubar-Dekien ou la bibliothèque
de lENSAIT( école d'art).
Le choix des lieux se fait au gré des
découvertes des organisateurs : « Cest
souvent un concours de circonstances, soit en sillonnant les rues,
soit en discutant avec des gens qui connaissent très bien
la ville de Roubaix », commente Olivier Muzellec. Lorsque
le Voyage sachève, les portes de lusine se referment
et le temps sarrête à nouveau
Talents
en VRAC
Tout en valorisant le patrimoine roubaisien,
la manifestation du VRAC cherche à mettre en avant des artistes
de la région ou dailleurs. Chaque édition est
loccasion de révéler un nouveau talent en exposant
ses travaux. Pour Olivier Muzellec, compte tenu du contexte dexposition,
le choix de lartiste invité ne peut pas se faire à
la légère : « Investir 1000 m2 avec des uvres,
ce nest pas évident. Il faut trouver un artiste ayant
déjà une sacrée production.»

Au cours des huit VRAC se sont succédés
Pat Le Chat et ses sculptures, Manuel Ruiz-Vida, Frédéric
Levy-Hadida, Paul Kichilov ou encore Ivan Polliart. Le dernier VRAC
en date, en avril 2002, était collectif: quinze artistes
se sont retrouvés dans la courée Dubar-Dekien pour
exposer leurs uvres dans les différentes maisons. La
manifestation a donné lieu à de nombreuses animations
et à une grande collaboration du public.
« Une forme de culture participative »
Car le VRAC ne se veut pas une exposition figée
et unilatérale. Avec le collectif dassociations de
la métropole lilloise Réso-Asso-Métro ,
il essaie dassocier au projet les habitants de Roubaix pendant
la période des préparatifs. « Cest
une forme de culture participative » explique le fondateur
du VRAC. Si, pour certains, la démarche est spontanée,
pour dautres les réticences demeurent. Une méfiance
due au poids de lhistoire selon Olivier Muzellec : «
Chez beaucoup de Roubaisiens, les friches sont synonymes déchec.
Certains ne veulent plus y retourner. Il faut en parler, exorciser
le souvenir ».
Ceux qui franchissent le pas sont surpris par
lambiance curieuse restituée par ces ateliers artistiques
éphémères. Certains sont charmés par
le talent de lartiste, dautres sont séduits par
la magie des lieux, tous sont fiers de leur culture locale. Au cur
de la ville, le voyage roubaisien na pas fini de révéler
ses richesses.
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