logo magazine friches industrielles Nord Pas-de-Calais lien vers la page d'accueil logo ESJ hors-série mars 2003
  lien vers sous-sommaire originelien vers sous-sommaire culturerubrique jeunesselien vers sous-sommaire écologie  
 Glossaire
 Ours
 Photos

A l’école du ch’ki français

Delphine Nougairède

A Nœux-les-Mines, l’apprentissage du chasse-neige ou du planté de bâton se fait sur une piste de ski… sans neige. C’est sur un étrange tapis vert en plastique qu’Estelle, Michael ou Aurélie font leurs premières descentes. Moniteur, étoiles, chutes : tous les ingrédients d’un cours classique sont réunis. A un détail près : cette piste de ski est posée sur un terril.

« Tout le monde se souvient de ce qu’on a vu la semaine dernière. Pour faire votre chasse-neige, vous écartez bien les talons derrière et faites attention à ne pas croiser vos skis devant. Rangez-vous en file indienne devant le tire- fesses. Je veux voir tout le monde à la première descente ! ». Un moniteur ESF (Ecole de ski français) dans une combinaison bleu blanc rouge s’égosille pour donner quelques recommandations à ses élèves.

Un enfant l’interpelle : « Bruno, Bruno, je t’ai vu passer à la télé ! ». « Ah bon ». Même s’il feint l’étonnement, Bruno Bourdaleix sait que ses passages sur le petit écran sont nombreux. Et pour cause : il est le seul moniteur de France à donner des cours de ski sur une piste de ski en plastique créée sur un terril.

Ce Savoyard originaire de Valloire, une station de ski au pied du col du Galibier, enseigne à Nœux-les-Mines depuis plus de deux ans. « Même si c’est une approche différente de l’enseignement du ski, les gestes techniques fondamentaux, eux, ne changent pas. »

Pour convaincre l'ESF de le laisser travailler sur une piste de ski sans neige, Bruno a mis en avant un argument de taille : sans ça, les enfants qu'il accueille n’auraient peut-être jamais chaussé des skis. L'occasion aussi, peut-être, de leur donner le goût de la glisse pour toujours…

Glisser à son rythme

Le CE2 de l’école Fouquereuil vient tous les jeudi après-midi. Aujourd’hui, c’est sa sixième séance. Les enfants sont habitués à faire glisser leurs skis sur cet étrange tapis vert. « Des plaques de polyéthylène avec un agent glissant », précise Bruno.

Pour les enfants, neige ou pas neige, le principal est de garder l’équilibre. Estelle, huit ans, vient de terminer sa première descente : « Je sais pas pourquoi, des fois je perd le contrôle de la vitesse et je tombe. Mais j’espère qu’à la fin, j’aurais ma première étoile ! ». L’apprentissage de l’équilibre et de la prise de risque : voilà les objectifs pédagogiques de cette activité sportive. Pour Franck Palraz, instituteur, « le ski fait appel à ces compétences de manière plus flagrante que d’autres sports comme la piscine ». Il ajoute : « Cela nous permet aussi de découvrir un site unique ».

Erwan arrive en bas très rapidement. « Contrôle ta vitesse », lui lance le moniteur. Michaël, lui a trop freiné. « Je suis en panne d’essence! », s’amuse-t-il. Ce qui ne l’empêche pae préciser : « Moi, je préfère le ski à la piscine ». Pas de doute, les enfants s’amusent beaucoup. Mais Bruno veille au grain. « Quand tu arriveras à freiner, tu pourras faire du slalom. ». Pas question de faire n’importe quoi, n’importe comment.

Les enfants apprennent aussi à faire la queue au tire-fesses

Les enfants ne font pas les mêmes exercices selon leur niveau. L’organisation des pistes sur le terril facilite le travail du moniteur : « En montagne, les pistes les plus dures et les plus faciles sont très éloignées les unes des autres. Alors qu’ici, on peut vraiment travailler par groupes de niveaux. Les plus à l’aise peuvent monter jusqu’en haut en prenant l’autre tire-fesses. On n’est pas obligé de s’aligner uniquement sur le niveau des plus faibles ».

Pas de cadeau pour les étoiles

Du haut de la piste, le bruit du téléski se fait plus lointain. Le passé minier de Nœux-les-Mines, lui, est on ne peut plus proche. Un autre terril, laissé à l’abandon, fait face à la piste. Les alignements de corons, les puits de mine sont intacts.

Mais sur la piste, on oublie vite qu’on est sur une ancienne friche. « Vous devez dégager vos dragonnes et tenir vos bâtons d’une main pour slalomer entre les plots ». Bruno est aussi exigeant que s’il enseignait dans une station classique. « Je leur donnerai leur flocon ou leur première étoile que s’ils la méritent vraiment. Je ne leur ferai pas de cadeau, pour qu’ils puissent suivre les cours s’ils vont dans une vraie station. »

« Eh, arrête, tu me marches sur les spatules ! ». Les enfants se chamaillent. Aurélie commence à être fatiguée : « Mes skis n’arrivent pas à tourner... ». La fin du cours approche. Les enfants ramènent leurs skis et leurs chaussures. Ils partent se changer dans les vestiaires.

Le minibus les attend déjà. « Les gants noirs, c’est à qui ? », demande l'instituteur. Les enfants se mettent en rang. Pas de casse ni de bobos. « A la semaine prochaine Bruno ! ». Tous regagnent Fouquereuil avec une certitude : neige ou pas neige, ils rechausseront bien les skis la semaine prochaine.

retour haut de page

Lire aussi :

D'autres usages des friches...

Roubaix, l'art en V.R.A.C.

De la house dans les betteraves

West Side Roubaix