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A Nux-les-Mines, lapprentissage du chasse-neige
ou du planté de bâton se fait sur une piste de ski
sans neige. Cest sur un étrange tapis vert en plastique
quEstelle, Michael ou Aurélie font leurs premières
descentes. Moniteur, étoiles, chutes : tous les ingrédients
dun cours classique sont réunis. A un détail
près : cette piste de ski est posée sur un terril.

« Tout le monde se souvient de ce quon
a vu la semaine dernière. Pour faire votre chasse-neige,
vous écartez bien les talons derrière et faites attention
à ne pas croiser vos skis devant. Rangez-vous en file indienne
devant le tire- fesses. Je veux voir tout le monde à la première
descente ! ». Un moniteur ESF (Ecole de ski français)
dans une combinaison bleu blanc rouge ségosille pour
donner quelques recommandations à ses élèves.
Un enfant linterpelle : « Bruno,
Bruno, je tai vu passer à la télé ! ».
« Ah bon ». Même sil feint létonnement,
Bruno Bourdaleix sait que ses passages sur le petit écran
sont nombreux. Et pour cause : il est le seul moniteur de France
à donner des cours de ski sur une piste de ski en plastique
créée sur un terril.
Ce Savoyard originaire de Valloire, une station
de ski au pied du col du Galibier, enseigne à Nux-les-Mines
depuis plus de deux ans. « Même si cest une
approche différente de lenseignement du ski, les gestes
techniques fondamentaux, eux, ne changent pas. »
Pour convaincre l'ESF de le laisser travailler
sur une piste de ski sans neige, Bruno a mis en avant un argument
de taille : sans ça, les enfants qu'il accueille nauraient
peut-être jamais chaussé des skis. L'occasion aussi,
peut-être, de leur donner le goût de la glisse pour
toujours
Glisser à son rythme
Le CE2 de lécole Fouquereuil vient
tous les jeudi après-midi. Aujourdhui, cest sa
sixième séance. Les enfants sont habitués à
faire glisser leurs skis sur cet étrange tapis vert. «
Des plaques de polyéthylène avec un agent glissant
», précise Bruno.
Pour les enfants, neige ou pas neige, le principal
est de garder léquilibre. Estelle, huit ans, vient
de terminer sa première descente : « Je
sais pas pourquoi, des fois je perd le contrôle de la vitesse
et je tombe. Mais jespère quà la fin,
jaurais ma première étoile ! ».
Lapprentissage de léquilibre et de la prise de
risque : voilà les objectifs pédagogiques de cette
activité sportive. Pour Franck Palraz, instituteur, « le
ski fait appel à ces compétences de manière
plus flagrante que dautres sports comme la piscine ».
Il ajoute : « Cela nous permet aussi de découvrir
un site unique ».
Erwan arrive en bas très rapidement.
« Contrôle ta vitesse », lui lance le moniteur.
Michaël, lui a trop freiné. « Je suis en panne
dessence! », samuse-t-il. Ce qui ne lempêche
pae préciser : « Moi, je préfère le
ski à la piscine ». Pas de doute, les enfants samusent
beaucoup. Mais Bruno veille au grain. « Quand tu arriveras
à freiner, tu pourras faire du slalom. ». Pas question
de faire nimporte quoi, nimporte comment.
Les enfants apprennent aussi à faire
la queue au tire-fesses
Les enfants ne font pas les mêmes exercices
selon leur niveau. Lorganisation des pistes sur le terril
facilite le travail du moniteur : « En montagne, les
pistes les plus dures et les plus faciles sont très éloignées
les unes des autres. Alors quici, on peut vraiment travailler
par groupes de niveaux. Les plus à laise peuvent monter
jusquen haut en prenant lautre tire-fesses. On nest
pas obligé de saligner uniquement sur le niveau des
plus faibles ».
Pas de cadeau pour les étoiles
Du haut de la piste, le bruit du téléski
se fait plus lointain. Le passé minier de Nux-les-Mines,
lui, est on ne peut plus proche. Un autre terril, laissé
à labandon, fait face à la piste. Les alignements
de corons, les puits de mine sont intacts.
Mais sur la piste, on oublie vite quon
est sur une ancienne friche. « Vous devez dégager
vos dragonnes et tenir vos bâtons dune main pour slalomer
entre les plots ». Bruno est aussi exigeant que sil
enseignait dans une station classique. « Je leur donnerai
leur flocon ou leur première étoile que sils
la méritent vraiment. Je ne leur ferai pas de cadeau, pour
quils puissent suivre les cours sils vont dans une vraie
station. »
« Eh, arrête, tu me marches sur
les spatules ! ». Les enfants se chamaillent.
Aurélie commence à être fatiguée :
« Mes skis narrivent pas à tourner... ».
La fin du cours approche. Les enfants ramènent leurs skis
et leurs chaussures. Ils partent se changer dans les vestiaires.
Le minibus les attend déjà. « Les
gants noirs, cest à qui ? », demande
l'instituteur. Les enfants se mettent en rang. Pas de casse
ni de bobos. « A la semaine prochaine Bruno ! ».
Tous regagnent Fouquereuil avec une certitude : neige ou pas
neige, ils rechausseront bien les skis la semaine prochaine.
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