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Un escalier métallique qui fait résonner
les pas des danseurs, des murs de brique peints à la chaux,
un studio sous les toits
on ne serait guère étonné
de croiser Natalie Wood. Et pourtant, ce nest pas Manhattan,
mais le studio de Dans la rue la danse, compagnie de hip hop de
Roubaix.
Les 13-15 ans qui sentraînent par
groupes à différentes figures hip hop ne se doutent
pas quil y a dix ans, des machines tournaient ici dans un
vacarme infernal pour travailler le fil. Le bâtiment est celui
de lancienne filature Roussel. Ici, les ouvriers se pliaient
au rythme de grands métiers à filer.
A présent, les enfants tentent de suivre
les basses de musiques R&B : «cest américain,
expliquent-ils, parce que le rap français, cest nimporte
quoi. » Ils sessayent à des pas de breaking,
des mouvements saccadés qui ressemblent à ceux dun
robot, ou de popping, des acrobaties au sol.
Derrière eux, souvre entre les
poutrelles dacier une belle perspective sur la rue des Arts
et Roubaix. « Je voulais conserver la qualité architecturale
du bâtiment, notamment cet espace de shed (toiture en
dents de scie en général vitrée dune
usine ndlr) qui fait entrer une belle lumière.
», précise Jean-Charles Huet, larchitecte
qui sest occupé de la réhabilitation de lex-filature.
Monter sur scène
Seul changement ici : le verre brouillé
dorigine a été remplacé par du verre
lisse, qui permet de voir de lextérieur ce qui se passe
à lintérieur. « Ça me semblait
important que les Roubaisiens puissent savoir à quoi sert
un bâtiment qui a coûté plusieurs millions de
francs, ajoute-t-il. On aurait pu voir un studio de lécole
du Ballet du Nord, qui occupe également le bâtiment,
mais jai choisi quon voie Dans la rue la danse.»
Mais aucun des petits danseurs ne sait ce que
signifient les marques jaunes sur les dalles à lentrée
du studio Electric Boogaloos, du nom dun groupe mythique aux
Etats-Unis. « Ces traces de peinture correspondent à
lemplacement des machines : on voit encore les numéros.
Ce bâtiment a une histoire, il ne faut pas la nier
»,
met en lumière Jean-Charles Huet.
Pour Dans la rue la danse, le déménagement
dans les studios Roussel il y a trois ans fut une aubaine. Le dernier
étage de lex-filature, réhabilité par
la municipalité roubaisienne, est destiné à
la danse. Quatre studios ont été attribués
à lécole du ballet du Nord, et un à Dans
la rue la danse. « On voulait manifester une reconnaissance
du hip hop» , rappelle Jean-François Boudailliez,
qui était adjoint à la culture au moment où
la décision a été prise. Lorsquon lui
fait remarquer que bénéficier de tels locaux institutionalise
la danse de rue, Frédéric Tribalat, le directeur de
la compagnie, assène : « La vocation du danseur
de rue nest pas de rester dans la rue mais de monter sur scène.
»

Photo : Karine Delmas
Il se souvient : « Avant, les conditions
étaient catastrophiques. On avait des bureaux privés
et on répétait dans des salles municipales. Parfois,
il faisait 4 degrés et on dansait sur du béton. »
Et puis, la compagnie continue à organiser des ateliers et
des cours dans les quartiers de Roubaix. La plupart des enfants
du cours ont dabord pris des cours près de chez eux
avant de passer une audition pour pouvoir venir se perfectionner
rue des Arts.
Dans la rue la danse, 03.20.01.02.10, Studio
Roussel, 139 rue des Arts, Roubaix
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L'instit' a quitté la classe pour le hip hop
Frédéric Tribalat, ancien instituteur
et directeur de la compagnie « Dans la rue la danse »
« On ne simaginait pas au départ
que ça allait devenir ce que cest devenu ». La
formule revient à plusieurs reprises au cours de lentretien.
Frédéric Tribalat, « toujours instit, mis
à disposition par lEducation nationale », ne peut
réprimer un sourire de satisfaction.
Depuis sa création officielle en 1987, la
compagnie a fait un sacré chemin. Elle compte aujourdhui
210 élèves à Roubaix et dans les quartiers. «
Jai découvert la danse de rue en 1983, raconte lenseignant
roubaisien. Je faisais des animations pendant les vacances. Rien à
voir avec le hip hop. Il y avait deux instit, Xavier Rousseau et moi,
et un principal de collège, Aimé Sève. Cinq gamins
nous ont appelé pour nous montrer ce quils savaient faire.
Cétait époustouflant, dune grande virtuosité.
On sest dit que cétait dommage que personne ne le voie»
En bons enseignants, Frédéric Tribalat
et les deux autres fondateurs recherchent lexcellence. Ils organisent
un casting. Un véritable examen où plusieurs centaines de
jeunes se présentent. A la fin, ils forment une troupe de quinze
danseurs.
Sensuivent une douzaine de voyages aux Etats-Unis,
à Las Vegas ou à New York pour rencontrer des pros du hip
hop. « La culture urbaine nest pas entrée en France
par les DJ ou le graf, mais par la danse », rappelle lenseignant.
Elle narrive en France quau début
des années quatre-vingt », souffle-t-il.
Aujourdhui, il estime que la lutte pour
imposer le hip hop nest pas terminée. « La danse de
rue aura une vraie place lorsquon reconnaîtra que les danseurs
sont des professionnels. » Pour cela, la compagnie sapplique
à former de vrais chorégraphes.
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