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De la house dans les betteraves

Violaine Magne

Il y a plus de vingt ans, les murs d’une épaisseur d’un mètre étaient conçus pour résister à la pression de tonnes de betteraves sucrières stockées là. Aujourd’hui, cet entrepôt de Tournai à la frontière franco-belge vibre sous les décibels de la musique électronique du Pure Club Sub.

Sur la route nationale qui va de Tournai à Leuze, les murs de brique ressemblent à n’importe quelle usine abandonnée, sans enseigne et sans signe extérieur d’animation. Pourtant ceux qui vivent la nuit savent que cette bâtisse abrite une des discothèques de musique house les plus branchées de Tournai. Chaque samedi, 1800 à 2500 personnes se dépensent aux rythmes des mix des DJ.

Un hangar pour décor

Beaucoup d’adeptes de musiques électroniques franchissent la frontière pour aller au Pure Club. Certains comme Sophie, Alex et Juliette ont commencé leur soirée en France et arrivent vers deux heures du matin. « Quand on veut se faire une soirée un peu spéciale, témoigne Juliette, on vient en Belgique parce que les boîtes belges ont une ambiance et un décor plus sympas. »

Choisir ainsi un hangar pour abriter une discothèque dédiée à la house était logique pour Marco, le gérant de l’établissement, car « les espaces industriels correspondent bien à cette musique. » C’est en 1997-98 que le Pure - anciennement le Rêve d’O - s’est installé dans cette sucrerie désaffectée. Un monument de 1600 m2, haut de 14 mètres.

Ne pas oublier l’usine

« C’était amusant de récupérer ce bâtiment, mais je ne voulais pas en faire n’importe quoi », témoigne Freddy Bureau, concepteur de l’espace du Pure club. « J’ai refusé qu’on mette quoi que ce soit sur la façade et j’ai gardé l’entrée d’origine. Je ne voulais pas perdre cette impression de pénétrer dans une usine. Je voulais qu’on la voie. »

Passage obligé pour entrer dans la boîte, la première salle surprend par son dépouillement. On entre dans une véritable « cathédrale industrielle ». Odeur mystique d’encens et courants d’air glacial. Les murs de brique et les arches sont à nu, à peine éclairés par la lueur d’énormes bougies posées au sol. L’air palpite sous les vibrations des basses.

Cette entrée en matière « effraie souvent les clients », témoigne Carine, qui s’occupe des vestiaires dans un coin de la pièce. « Ils ont souvent comme un petit mouvement de recul et ils me demandent où est la boîte. » Les habitués des free-parties y trouvent pourtant comme un petit air de déjà vu. Juliette évoque les hangars des « teufs », et ajoute, d'un air connaisseur : « J’aime bien cette introduction fluide dans l’espace musical ».

Une fois entré dans la boîte, même absorbé par les mélopées électroniques, il est difficile d’oublier que la piste de danse était naguère un lieu de labeur. Les troués dans le décor permettent de voir la brique et de se rendre compte de la hauteur du bâtiment. Les rampes de lumières et les écrans de toile se mêlent étroitement aux matériaux bruts.

De l’ouvert à l’intime

C’est uniquement dans la dernière salle « affinée » pour devenir le Pure qu’on ne voit plus aucune trace de l’ancien dépôt de betteraves. L’atmosphère intimiste oppose un étrange contraste avec la violence des baffles. Des univers très différents, entre la boîte underground et le club privé. Une volonté de Freddy Bureau de construire des ambiances bien distinctes dans un seul et même endroit.

La succession de trois espaces répond à un projet artistique. « On a voulu construire une boîte dans la boîte, explique Marco. Le concept, c’était d’entrer dans un énorme entrepôt et d’arriver dans une toute petite boîte. »

Ce cheminement, de l’espace ouvert à l’impasse intimiste, tout comme l’aménagement même de l’ancienne sucrerie permettent de créer un certain état d’esprit chez la clientèle. « Les gens qui viennent ici, c’est aussi parce qu’ils aiment cette ancienne usine, assure Freddy Bureau, cet endroit qui est un musée du fait même d’exister. »

Le Pure Club Sub : 01, Chaussée de Bruxelles, Barry (TOURNAI) en Belgique

www.pureclub.be

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