juin 2000

Ça ne coule pas de source

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Vaisseau Progress

Les vaisseaux cargo russes Progress sont des capsules automatiques mises en orbite afin d'assurer le ravitaillement de la station Mir.


*Pile à combustible

Une pile à combustible génère de l'électricité, de l'eau et du dioxide de carbone à partir d'hydrogène et d'oxygène.


L'espace est le plus sec des déserts. Pour que ses conquérants aient une gourde toujours pleine, les scientifiques ont fait le pari du recyclage ou de la production par pile à combustible. Les glaces martiennes et lunaires présentes ou supposées sont désormais en point de mire. En route pour " l'eaudyssée" de l'espace.
"C'est vrai qu'à un moment il a fallu calculer et surveiller les réserves d'eau." Anecdote de naufragé ? Péripétie saharienne ? Non : histoire de spationaute. Un membre du Centre national d'études spatiales (Cnes) témoigne des désagréments causés par le retard d'un vaisseau ravitailleur à Jean-Pierre Haigneré et à tout l'équipage de la station Mir. Quitter la planète bleue, c'est se lancer dans un désert aride. Inutile d'envisager la moindre conquête sans le précieux liquide. Synonymes de survie, les gourdes des cosmonautes s'appellent aujourd'hui piles à combustible ou vaisseaux Progress. Pour aller toujours plus loin, certains chercheurs songent à transformer la planète Mars ou la Lune en oasis..

Vue d'artiste de la future station spatiale internationale : dans l'espace, personne ne vous entendra crier votre soif.

A 100 000 francs le litre, l'eau de Mir est la plus chère du monde

Les factures d'eau de Mir sont salées : 100 000 francs le litre ! Et chaque vaisseau ravitailleur Progress* déverse entre 500 à 1000 litres d'eau dans les réservoirs de la station orbitale. Vu le prix de la gouttelette, les ingénieurs russes ont opté pour la solution du recyclage. Leur système se nomme Elektron. Il recycle tout : l'eau de lavage est filtrée, l'eau expirée est condensée, l'urine non plus n'échappe pas à la règle. Pourquoi la station ne fonctionne-t-elle donc pas entièrement en circuit fermé ? " Pour des raisons psychologiques ", explique Lionel Suchet, responsable du département exploitation au Cnes de Toulouse. " Initialement, l'eau de boisson devait être de l'eau recyclée. La solution a été abandonnée essentiellement pour des raisons psychologiques. Les cosmonautes n'apprécient pas de boire ce qui a été de l'urine ! " Ils sont donc contraints de ne pas rater le moindre ravitaillement. Une difficulté contournée par les astronautes américains.

Les astronautes américains préfèrent l'eau de pile

A partir d'oxygène et d'hydrogène, une pile à combustible* produit de l'électricité pour les équipements de bord et un "déchet" : de l'eau pure. Une fois minéralisée, elle est tout à fait potable pour les occupants de la navette spatiale. Le rendement maximum est de 11 litres par heure. La seule limite au fonctionnement du système est la réserve de la pile en hydrogène et oxygène. Un système mixte (incluant aussi un ravitaillement par cargo) devrait voir le jour sur la future station spatiale internationale. Handicapante, notre dépendance aux ressources hydriques nous condamne-t-elle à rester des banlieusards de la planète bleue ? Une situation sur laquelle se penche Christophe Lasseur, scientifique au centre de recherche de l'Agence Spatiale Européenne (Esa) : " En orbite, on est relativement proche de la Terre. L'approvisionnement peut se faire. Mais pour une mission lointaine, il est trop risqué de compter sur un ravitaillement. Il faut imaginer d'autres solutions ".

Arroser ses légumes dans l'espace n'est plus un rêve

" Nous travaillons sur un système de recyclage total de la biomasse allant des déchets humains au gaz carbonique ", poursuit le chercheur. Nom de code du programme : Melissa. Il doit pouvoir être appliqué lors d'un voyage sur Mars ou la Lune. Comme les autres déchets, l'eau est filtrée par des procédés physiques et traitée par des bactéries. " Une fois le voyage terminé, l'objectif est de cultiver en circuit fermé des plantes vertes " supérieures " comme les fruits, les légumes ou les céréales ". Un rêve de scientifiques ? Pas si sûr. Le programme qui associe universités et industriels euro-canadiens est lancé depuis dix ans. Plusieurs éléments de la boucle de recyclage ont été assemblés à Barcelone et des tests de recyclage d'eau de lavage ont débuté en janvier. Première expérience extra-terrestre prévue en 2015. Mieux, en cas de grande soif, on pourra peut-être bientôt faire une halte sur la Lune où l'on soupçonne la présence de glace depuis plusieurs années.

Prochain arrêt boisson : la Lune. Sinon, il faudra attendre jusqu'à Mars

" C'est quelque chose de très sérieux ", prévient Douglas O'Handley, directeur de l'académie d'astrobiologie de la Nasa à Ames (Etats-Unis). Ses investigations sur l'établissement d'une colonie lunaire ont conduit la société américaine Orbitec à réaliser des simulations de production d'eau sur notre satellite. Décomposée en hydrogène et oxygène, elle pourrait même servir de carburant spatial. Sur Mars, des études similaires envisagent la construction de dômes en plastique afin de faire fondre, par effet de serre, son sous-sol glacé . Elles transformeraient la planète en véritable réservoir d'eau pour les futures générations d'astronautes. Avec de telles ressources, les successeurs de Jean-Pierre Haigneré éviteraient quelques déboires.


Arnaud Boulben




                    
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