juin 2000

Ça ne coule pas de source

| Filets à nuages | Soif d'espace | Chercheurs d'or bleu | La mer à boire |

  Lire aussi...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*les sourciers

Y.Rocard

que sais-je/PUF

Les sourciers prospectent les terres à la recherche d’eau. Cette activité ancienne reste pourtant énigmatique aux yeux de la science. Les tentatives d’explications sont multilples et confrontent des points de vues forts différents.

Il est fréquent dans les campagnes de faire appel au conseil d’un sourcier pour localiser un point d’eau dans les sous-sols. Ce chercheur d’or bleu, peu orthodoxe dans sa démarche au regard des critères de scientificité, a depuis plusieurs siècles alimenté la controverse. Sa propension à détecter de l’eau est-elle fondée sur des éléments rationnels ?

le phénomène sourcier
Muni le plus souvent d’une baguette de bois en forme de «Y », qu’il maintient en position d’équilibre instable entre ses mains, le sourcier arpente les terres. Lorsque sa baguette effectue un mouvement de vibration, elle lui indique la présence d’eau. Il ne reste plus qu’à creuser ...

Un signal énigmatique

Les variations du champ magnétique seraient le signal capté en surface par le sourcier . C’est le résultat des expériences exposé par Yves Rocard , directeur du laboratoire de physique de l’école normale supérieure de 1945 à 1973, dans le livre* qu’il a consacré à ce sujet. « Mais ces résultats n’ont pas convaincu la communauté scientifique » indique Jean-Louis Le Mouël, directeur du laboratoire de géomagnétisme à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) Cependant, il souligne « qu’il a été démontré que la circulation d’eau dans des roches poreuses crée un courant électrique, qui induit un champ magnétique ».Henri Broch, professeur de Physique au laboratoire de zététique de l’Université de Nice Sophia antipolis explique qu’il a refait les expériences d'Yves Rocard avec son équipe. Résultat : «Ces expériences ne sont pas reproductibles et ne marchent pas » affirme ce pourfendeur des phénomènes paranormaux. La source d'explication s'est-elle tarie?

Des particules magnétiques

Toutes les pistes n’ont semble-t-il pas été explorées . « Il se pourrait que des ondes électromagnétiques dans des gammes de fréquences différentes de celles étudiées puissent être à l’origine du stimulus perçu par le sourcier » estime Jean Louis Le Mouël à l’IPGP. A l’appui de l’hypothèse d’une réceptivité du sourcier à ces ondes, une découverte chez l’animal pourrait apporter un indice de compréhension. Des particules comme la magnétite, sont présentes dans certains organes.

Elles confèrent aux pigeons par exemple, une sensibilité au champ magnétique terrestre, dans des processus d’orientation. De là à penser qu’il existe chez l’homme des particules identiques ... « Cela n’est pas impossible même si rien n’a été démontré jusqu’alors » indique Gauthier Hulot chercheur à l’IPGP. Il reste pourtant un grand pas à franchir avant d’ affirmer qu’elles soient impliquées dans le réflexe sourcier.

Autosuggestions?

La baguette du sourcier ne vibre pas par elle- même. Elle est passive dans la détection du signal, de l’avis de tous les observateurs qui se sont penchés sur la question Le sourcier serait–il donc un simulateur ? « Bien qu’il puisse y avoir de nombreux charlatans, la bonne foi du sourcier n’est pas à mettre en doute » tempère Henri Broch.
De micro contractions musculaires involontaires seraient à l’origine de ce réflexe. Pour certains l’explication résiderait plutôt dans des processus d’autosuggestion.Le phénomène des sourciers ne reposerait plus alors que sur la grande capacité d’observation de ces derniers « qui connaissent très bien la nature, et procèdent un peu comme des hydrogéologues sans en avoir la formation » souligne Claude Rousset, chercheur en géologie à l’Université de Provence.

Le reste ne serait que le fruit du hasard. « Demandez à un sourcier de creuser un trou où y il a de l’eau, puis dans d’en creuser 9 autres où elle soit absente » propose Henri Broch. Si ce test réussit, le phénomène ne serait plus sujet à l’aléatoire selon lui. Ces chercheurs d’eau restent pourtant intriguant « et il serait tout à fait intéressant de mener de plus amples expérimentations scientifiques dans ce domaine » suggère Jean- Louis Le Mouël.

Manuel Carrard

| Haut de la page | Vers la Une |