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juin 2000 |
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Les sens en émoi
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| Quand l'eau trouble l'apéro | Goûteurs d'eau | A l'écoute de l'eau |
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« A ce jour, aucune machine négale la performance de la bouche ou du nez humain », s'enorgueillit Christophe Boullenger, chimiste et goûteur deau depuis deux ans à la SEN (Société des eaux du Nord). De fait, les laboratoires des grands distributeurs deau ont beau être dotés de capteurs électroniques ultrasensibles à la pollution, seuls les goûteurs sont à même de quantifier la flaveur (goût et odeur considérés conjointement) du liquide incolore et transparent. Une histoire de palais. Spécialement sélectionnés pour la sensibilité de leur palais, les goûteurs deau sont des employés de sociétés de distribution deau ou de groupes deau minérale. Ils peuvent être secrétaire, ingénieur, agent comptable... Un jour, ils ont décidé - sur proposition de lentreprise, en général - dajouter à leur métier principal une compétence en matière de dégustation visant à apprécier les qualités organoleptiques* de leau. Ils interviendront dans les différents points du réseau de distribution pour des contrôles de routine une à plusieurs fois par mois. Mais ils seront surtout mis à contribution lors de plaintes dusagers révélant un arrière-goût désagréable. Dune durée de quinze à trente minutes, le protocole de dégustation met en jeu les mêmes techniques que chez les nologues*. Il sagit de prendre en bouche une gorgée deau, puis de la ventiler afin de bien faire remonter les molécules vers le bulbe olfactif*. Le goûteur crache alors le tout et note les sensations, les caractères perçus devant être rapprochés de goûts et dodeurs connus - terre, moisi, médicament, chlore, poisson, etc. « Au cours dune séance de dégustation, je donne des adjectifs à des perceptions, un peu comme si javais à mettre des couleurs sur les notes dune portée de musique », explique Christophe Boullenger. Pour que la distinction des différentes variétés de goûts soit facilitée, leau doit au préalable avoir été portée à la température de 25°C. Une appréciation issue du groupe. Lerreur de diagnostic étant à éviter, le goûteur deau ne travaille jamais seul. Les séances de dégustation réunissent de quatre à cinq membres de sa « confrérie ». Chacun déguste de son côté, séparé des autres par les parois dun box. Au final, pour quun verdict soit retenu il faut que les appréciations aient été partagées par la moitié des goûteurs. « Tout le monde peut devenir goûteur deau dans notre entreprise, il ny a pas décole pour cela », soutient Chantal Denis, goûteur deau au laboratoire danalyse de la Lyonnaise des eaux à Vénissieux. Les candidats doivent néanmoins avoir quelque prédisposition : seuls ceux dont la bouche permet de détecter les différentes caractéristiques de leau selon les seuils décrits dans la norme NFEN1622 pourront suivre une formation menant à la fonction de goûteur deau. Ils apprendront à discerner toutes les nuances de saveur, dodeur et de couleur du liquide analysé. Lentraînement des athlètes. Chez le goûteur deau, la condition physique est pour beaucoup dans lacuité des récepteurs sensoriels comme les papilles gustatives. « Lhygiène de vie que nécessite notre activité est digne de celle dun sportif de haut niveau, remarque M. Boullenger. Il faut entretenir ses facultés en pratiquant régulièrement. Pas de cigarettes, éviter dêtre enrhumé. » Toutes ces contraintes ne doivent cependant pas être ressenties comme des obligations, sans quoi lorganisme ne réagit plus de façon efficace. « Pour être un bon goûteur deau, ajoute M. Boullenger, il faut avant tout avoir le moral, et lenvie de le faire. Cest ce quil y a de plus important. » Le plaisir serait-il la source des goûteurs deau ? Fabien Fent |
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