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Ni prévenir, ni guérir

Cette maladie frappe actuellement des centaines de milliers de Français. Insidieuse, elle les pousse progressivement à la solitude, aux mensonges et à la déchéance. Des mesures préventives et des traitements existent pourtant ! Mais la France rechigne à les utiliser, et chaque année de nouvelles victimes sont atteintes par cette pathologie - invisible - qu'est la dépendance au jeu.

Quand il s'agit de s'engager, l'Etat devient muet, aveugle et sourd

 

Prévention quasi inexistante

Côté prévention c'est assez simple : elle est entièrement laissée à l'initiative privée. À ce jour, le groupe Accor Casinos est le seul à avoir lancé des actions d'information sur les méfaits du jeu. «Vous jouez avec votre argent, gardez la raison», «le jeu est un plaisir, il doit le rester». Toutes ces recommandations figurent dans un guide distribué aux clients. Mais à côté de cette action louable, aucun message n'est diffusé dans les médias, aucune affiche n'est installée dans les casinos et l'on est encore loin des slogans de mise en garde sur les jeux à gratter ou les bulletins de loto, à l'instar des paquets de cigarettes. Tout cela existe pourtant dans les pays anglo-saxons.

 

Accès limité aux traitements

Côté traitements, la France n'est pas mieux lotie. «Nous sommes la seule association de l'hexagone», déplore Armelle Achour, fondatrice de «SOS joueurs». Cette association, composée de deux psychologues et d'une avocate, aide les joueurs à retrouver une vie normale et à régler leurs problèmes financiers.

Le peu de moyens dont elle dispose provient, entre autres, de la Française des Jeux, du groupe Accor Casinos et du syndicat des casinos de France. Il existe aussi quelques consultations spécialisées. Malheureusement elles se comptent sur les doigts d'une main.

Les «ludopathes» sont donc souvent obligés de pousser la porte de cliniques pour toxicomanes, totalement inadaptés à ces «drogués sans drogue». Reste alors la méthode radicale réservée aux jeux de table (roulette, black jack, …) : l'interdiction de jeu. Même si 30 000 personnes y ont recours, son efficacité est toutefois contestée car il est facile de la contourner.

 

L'Etat indifférent

L'État est-il conscient de ces défaillances ? Évidemment. Le sénateur François Trucy lui a encore rafraîchi la mémoire en février 2002, en rendant public un rapport qui avertit clairement : «la prise en charge des joueurs dépendants par notre système de santé publique est totalement déficiente». Mais l'État continue de faire la sourde oreille. Pas facile, de tuer la poule aux œufs d'or…

Caroline BESNIER

 

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