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Deux pratiques, deux générations Le multicolore, roulette du peuple A la loterie, l'état gagne à tous les coups Le vendredi 13 de la Française des Jeux Des «passeport» en vente libre |
Certains jeux de hasard ont gardé un parfum de salons privés, réservés aux classes sociales aisées. Pour humer cette fragrance, il suffit de se rendre aux tables de jeu du casino de Deauville. Velours, dorures, et un zeste de rococo font partie de cette ambiance élitiste. À quelques mètres de là, lautochtone normand valide son ticket de loto dans un bar PMU. Le hasard aurait-il plusieurs facettes ?
Jeux de bonne société Par les interdits de lÉglise ou la volonté de lÉtat, la règle qui présidera du Moyen Âge à la Révolution sera linterdiction des jeux de hasard, mais surtout pour le peuple. Offense à Dieu pour les théologiens, ruine programmée de la classe populaire pour lÉtat, ils furent pourtant le passe-temps favori des nobles de la cour et des rois : brelans sous Henri III, jeux de dés à la cour de Henri IV, roulette dans les salons de Louis XIV et même tripots sous Louis XV ! Sans doute est-il plus facile daménager pour soi les lois que lon édicte, surtout si cela peut permettre, à loccasion de loteries bienvenues, de renflouer les caisses de lÉtat. Tradition romaine De manière générale, la réglementation des jeux de hasard visera toujours à empêcher le quidam de se prendre au jeu. Ce nest quà partir de 1907 que la législation française autorise les casinos dans les stations thermales. Cette restriction implique, de fait, une sélection des personnes pouvant accéder à ces établissements. Sans doute un héritage de lépoque romaine, où les villes deaux attiraient les riches, non seulement pour leurs bienfaits supposés, mais aussi pour les jeux qui commençaient à sy développer. Fracture ludique Aujourdhui, même si, avec lintroduction des machines à sous, les casinos ont tendance à se démocratiser, laccès à la table de roulette reste subordonné par lÉtat au paiement dun timbre fiscal de 10 €. Les jeux de tables restent le territoire du jeu social, où lon joue autant pour gagner que pour montrer que lon a les moyens de perdre. La position sociale sévalue, entre deux cocktails, par le degré de désinvolture avec lequel lon confie ses piles de jetons à la décision du sort. Le jeu de hasard a donc, encore aujourdhui, des formes plus démocratiques que dautres, sans doute héritées de lhistoire. Quoi quil en soit, tout un chacun peut bien soffrir un frisson en achetant un jeu à gratter au bureau de tabac du coin. Qui sait si le gain récolté en grattant ne permettra pas, un jour, davoir les moyens de miser gros au casino de Deauville Hervé QUAGHEBEUR |
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