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Quand le hasard dope les neurones

Tandis que les rouleaux défilent derrière l'écran des machines à sous, il s'en passe de belles dans la tête du joueur. Ainsi, d'après des expériences récentes, la présence ou l'absence de hasard dans un jeu influerait sur la production de substances chimiques dans le cerveau.

Cette hypothèse a été vérifiée chez le singe par des chercheurs britanniques et suisses, qui ont remplacé la machine à sous par une «machine à friandises» (du sirop sucré). Un peu comme un distributeur automatique qui dispenserait une récompense suivant des probabilités variables : à tous les coups (1), avec trois chances sur quatre (0,75), une chance sur deux (0,5), une chance sur quatre (0,25) ou pas du tout (0).

Deux secondes avant la libération éventuelle du sirop, un signal lumineux annonçait cette probabilité. Les singes ont été spécialement dressés pour interpréter le signal : ils savent donc deux secondes à l'avance si la récompense a de fortes chances de tomber… ou pas ! Résultat : comme pour des drogues de classe différentes, chaque type de jeu aurait un impact différent sur l'organisme*.

 

Quand l'ordinateur mime le hasard, le singe aussi prend plaisir à jouer.

L'amour du risque

Des chercheurs de Cambridge ont ainsi mesuré l'activité d'un certain type de neurones, les neurones à dopamine, durant cet intervalle de deux secondes. Ils ont pu observer chez les deux singes testés que l'activité des neurones augmentait avec la part de hasard :

elle est maximale quand la probabilité de recevoir la récompense est de 0,5, et minimale quand le singe sait qu'il recevra le sirop à tous coups (1) ou qu'au contraire il n'aura rien (0). Dans ces deux derniers cas, il n'y a pas d'incertitude.

 

Homo casino

Et si cela était aussi vrai pour l'homme, le hasard ne serait-il pas l'un des moteurs de la prise de risque ? Selon Peter Shizgal de l'Université Concordia (Montréal), l'effet d'exaltation est une conséquence directe de la hausse de production de dopamine dans le cerveau. Plus l'indétermination est importante, plus le taux de dopamine augmente, et plus cette même impression de récompense observée chez le singe est ressentie par le joueur. La sensibilisation créée par ces élévations intermittentes pourrait même contribuer à l'installation de la dépendance…

Julie WIERZBICKI

* Pour lire l'étude complète, voir le volume 299 de Science (21 mars 2003), pages 1898 à 1902.

 

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