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Deux pratiques, deux générations Le multicolore, roulette du peuple A la loterie, l'état gagne à tous les coups Le vendredi 13 de la Française des Jeux Des «passeport» en vente libre |
Pour connaître les symptômes du joueur compulsif, nul besoin de compulser des livres de psychanalyse ! La lecture dun roman suffit : «Le joueur». Dans ce classique de la littérature russe, Dostoïevski, joueur maladif à ses heures, met en scène un personnage qui va éprouver une passion pathologique pour le jeu de roulette. Alexeï Ivanovitch nest pas seulement obnubilé par lappât du gain. Le jeu est une échappatoire à son angoisse existentielle. Il lui permet de remplir le vide de sa vie en jouant avec le hasard, mais aussi doublier la mort, le temps dune partie.
Un prisonnier rebelle Roulettenbourg, bourgade fictive où se déroule le roman, est une prison dangereusement raffinée.
Le jeu est dabord attirant, puis bientôt impératif. «Il fallait que je me rende à la roulette», concède Alexeï Ivanovitch. Le personnage succombe rapidement au cancer du jeu, même si «au premier abord, tout [lui] parut sale, moralement sale et abject.» Un monde dont il voudrait partir sans jamais le pouvoir. Les gens le préviennent, pourtant, en criant après chaque gain, des «partez, partez !» Trop tard il a intériorisé lemprise de la roulette : «si ridicule que soit cet espoir que jai mis dans le roulette, je trouve plus ridicule encore lopinion généralement admise qui estime absurde dattendre quoi que ce soit du jeu.»
Le jeu, une révolution Le joueur, un rebelle ? «Jouer au hasard, cest un peu sortir des sentiers battus, défaire les enchaînements rationnels», souligne Jean-Pierre Martignoni-Hutin, sociologue au groupe de recherche sur la socialisation (GRS). Pour Alexeï Ivanovitch, cest, en plus, un moyen de modifier sa raison sociale : «un zéro pour Rothschild, un million pour moi !» Le jeu de hasard devient un facteur de réussite au même titre que le travail acharné. Les joueurs, souvent ouvriers ou mineurs, cherchent à modifier un destin malheureux. Mais, le hasard est fondamentalement injuste. Par coups du sort, lhomme est souvent renvoyé à la fatalité de son existence
Jouer, sans exister «Finalement, les joueurs jouent pour gagner du temps», écrit Bernard Bougenaux, sociologue. Le temps, par exemple, qui sépare du tirage lachat des billets de loto : le bénéfice obtenu est simplement le report dun morceau de présent. Pour aimer le jeu avec passion, il faudrait être accablé dennui ! Palamède fut glorifié davoir «inventé» les jeux de dés pour distraire les troupes grecques pendant le siège de Troie, et ainsi atténuer leur sensation de faim. Quand il sagit de se divertir avec le hasard, on ne pense plus à exister. Vincent NOUYRIGAT |
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