L'eucalyptus sauvé par une guêpe néo-zélandaise

« Aujourd'hui, les psylles de l'eucalyptus ne sont plus qu'un mauvais souvenir », affirme Jean-Claude Malausa chercheur à l'Inra de Valbonne. Mais il n'a pas oublié qu'il y a tout juste quatre ans, des eucalyptus dans les Alpes Maritimes, étaient malades. Vidés de leur sève par un insecte australien introduit accidentellement en France en 1994.

Printemps 1995. Des psylles, des suceurs de sève semblables à des pucerons, ont envahi les deux cents hectares de plantations. La récolte d'automne est menacée. Les horticulteurs réagissent en aspergeant leurs eucalyptus d'insecticides chimiques. Mais les terrains sont accidentés et difficiles d'accès. La solution n'est pas là. Elle est en Australie. Car là-bas, naturellement combattus par un parasite, les psylles ne menacent pas les cultures.

 


Crédit photo : JC Malausa, Inra

Premières guêpes introduites en 1997

En 1996, Jean-Claude Malausa et son équipe du laboratoire de biologie des invertébrés de l'Inra d'Antibes dénichent ce parasite. C'est un hyménoptère* que l'on trouve en Australie et en Nouvelle-Zélande, une guêpe minuscule (Psyllaephagus pilosus) qui ne mesure pas plus d'un millimètre. Ces insectes pondent leurs oeufs dans les larves de psylles. A mesure que les oeufs grossissent, leur hôte est peu à peu étouffé. Au bout de quinze jours, les parasites adultes s'échappent et la larve de psylle est morte.Les premières guêpes sont introduites en France dès le printemps 1997. Mises en quarantaine dans les locaux de l'Inra, elles sont patiemment triées, une par une, par l'équipe de Jean-Claude Maulausa. Il fallait s'assurer qu'aucune maladie et qu'aucun autre parasite n'allaient être importés », explique-t-il.

 

Des résultats rapides

Deux semaines plus tard, 450 d'entre elles sont lâchées dans le Massif du Tanneron. Les résultats ne se font pas attendre : en moins de trois mois, les guêpes ont investi l'ensemble des plantations. Les psylles se font quant à eux de plus en plus rares : les larves ont quasiment disparu et il ne reste plus que quelques adultes.

Un an plus tard, les horticulteurs ne les détectent même plus. Toutefois, l'éradication des psylles dans le Massif du Tanneron n'est pas totale. « Un équilibre, au seuil très bas, s'est installé entre les populations de guêpes et de psylles. C'est préférable, car en cas de nouvelle introduction de psylles, les eucalyptus resteront protégés. Il n'y aura pas besoin de réimplanter leurs parasites. La nature fonctionne plus sous forme d'équilibre que de disparition ».

Luc Mathieu

 

Tombé dans un guêpier

1971, près de Nice. Quatre cents femelles et cent vingt mâles d'une guêpe américaine parasite sont déposés sur un arbre au milieu d'un verger. La guêpe, Cales noaki, a été choisie afin de lutter contre un puceron, américain lui aussi : l'aleurode des agrumes, ou mouche blanche (Aleurothrixus floccosus). Depuis son arrivée en France en 1966, ce dernier envahit les vergers de Cannes à Nice, causant de gros dégâts. La guêpe a tôt fait de quitter son arbre : un an et demi après son introduction, on la retrouve à 80 km de là. En trois ans, elle atteint Toulon, à 150 km. Le puceron a, lui, moins fière allure : un an seulement après le lâcher de son parasite, 95% de la population du département est déjà tuée. La guêpe a bien fait son travail.

Frédéric Vladyslav


Pour en savoir plus sur : le centre de recherche d'Antibes

 


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