Une espèce s'installe

Quand un animal ou une plante débarque dans une région où il est inconnu, on dit qu'il est exotique. Exotique, mais pas forcément envahissant.

A l'image de l'algue tueuse de Méditerranée (la caulerpe) ou de la tortue de Floride, les espèces introduites sont souvent associées à l'idée d'invasion ou de nuisance. Alors que d'autres s'intègrent et deviennent si communes que tout le monde oublie qu'elles viennent d'ailleurs. Ainsi en est-il de l'acacia ou du faisan.

Comment arrivent-elles ?

Par la voie naturelle : le vent, l'eau, les animaux.
Par la volonté de l'homme : pour introduire de nouvelles cultures (blé ou maïs), pour les loisirs (fleurs d'ornement, animaux de compagnie), pour des expériences scientifiques.
Par l'homme « à l'insu de son plein gré » : sur la coque des bateaux, dans les valises, les habits des touristes...
Le développement des échanges commerciaux et des voyages a d'ailleurs considérablement amplifié le phénomène au cours de ce siècle.

L'implantation

Une fois sur place l'attend un parcours long et difficile.
Sur 100 espèces qui arrivent, 10 réussissent à s'implanter. Sur ces 10, une seule deviendra envahissante.
Car chez les plantes comme chez les animaux, c'est le plus fort ou le plus malin qui survit : c'est la loi de la jungle.
Les espèces qui arrivent doivent trouver comment se nourrir, se reproduire et se développer dans un milieu déjà occupé.
Pour gagner sa place, la plante ou l'animal va s'adapter : en hibernant plus longtemps ou en produisant des feuilles plus grandes par exemple.
La concurrence avec les autres espèces est déterminante. Les nouvelles venues s'installent de préférence sur des sols peu couverts : friches, cultures ou axes de communication (routes, voies ferrées, cours d'eau).
Leur principal atout : plus l'espèce est exotique*, moins le milieu réagit vite car il n'a pas encore les armes pour la contrer.

La conquête

Toute la tactique consiste ensuite à guetter le moment propice pour s'imposer. Certaines plantes peuvent patienter jusqu'à plusieurs dizaines d'années. Au moment où un fléau (feux, maladies, changements climatiques...) décime ses concurrentes, elle sort de l'ombre et conquiert le terrain.
Cette domination est souvent sans partage. Les autres sont étouffées ou disparaissent. Le milieu est déséquilibré.
Mais il est rare que la situation ne se régule pas d'elle-même. La nature imagine sans cesse les meilleures parades à la prolifération : nouveaux virus, nouveaux parasites.

La lutte ne fait que commencer

La lutte ne s'engage entre l'homme et l'envahisseur que si l'espèce est nuisible. Ce qui est finalement rare !
Néanmoins, par précaution, les gouvernements tentent de limiter l'entrée de nouvelles espèces en mettant en place des réglementations. Mais c'est une arme bien insuffisante.
Sur le terrain, après les pesticides et les défrichements, les scientifiques s'orientent souvent vers la lutte biologique. Ils cherchent à implanter des espèces capables d'enrayer naturellement l'expansion de l'envahisseur.

En guise de conclusion

L'expansion d'une espèce, l'invasion des espaces sont des phénomènes naturels. Mais l'action de l'homme leur a donné un tel coup d'accélérateur que les scientifiques redoutent aujourd'hui l'uniformisation de la flore et de la faune mondiale. Ainsi, en Méditerranée, ils estiment que les introductions sont mille fois plus rapides avec l'action de l'homme. Cependant en Europe, la plupart des espèces introduites ne prennent pas la place des autochtones* et occupent un espace réduit. Et si elles deviennent parfois menaçantes, personne ne peut encore affirmer si elles sont un danger ou une richesse supplémentaire pour la biodiversité*.

Sophie Hoguin

Pour en savoir plus :
Une émission de France culture sur les invasions biologiques
Un forum de discussion du ministère de l'environnement
Un débat : introduire, réintroduire

 

Vrai-faux acacia

1601, grande première : un navigateur rapporte des graines d'un arbre d'Amérique. Jusqu'ici, aucun arbre du Nouveau Monde n'a été introduit en Europe. Jean Robin, jardinier du roi, plante le premier spécimen place Dauphine à Paris. Quelques années plus tard, on déplace le jeune arbre au Jardin des plantes, alors Jardin du Roy. Par la suite, le botaniste Linné donnera comme nom de genre à cet arbre celui de Robinia, en hommage à Jean Robin. Quant au nom d'espèce : pseudoacacia, il rappelle la confusion des premiers naturalistes qui le prenaient pour un acacia d'Afrique. Aujourd'hui le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) est partout en France. Et l'ancêtre du Jardin des plantes se porte toujours comme un charme !

Frédéric Vladyslav


 


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