RISQUES

Les blessures, risques du métier

 

 

 

 

Chronique d'une blessure annoncée

 

Le joueur court en direction des buts adverses

 

Il est taclé par derrière

 

 

Blessé à la cheville, il ne peut se relever et sera évacué sur une civière.

Tacle, mauvaise réception, entraînement trop intensif… et c'est l'accident, le muscle se déchire. Le corps des footballeurs n'est pas infaillible mais en tant qu'outil de travail, il faut le préserver.

Le 23 mars dernier, le Français Robert Pires s'effondre sur le terrain, lors du match de coupe d'Angleterre Arsenal-Newcastle. Une mauvaise réception pour éviter un tacle, et c'est la rupture du ligament croisé du genou droit. Ce ligament, ensemble de fibres à l'intérieur du genou, maintient l'articulation en place et permet les mouvements latéraux. Le milieu de terrain international est ainsi immobilisé pour 6 mois minimum. Malchance ? Non, ces blessures sont fréquentes dans le monde du football. Personne n'est à l'abri d'un accident, surtout lors d'un tacle où les joueurs risquent également des fractures de cheville ou des entorses du genou.

Un corps à surveiller

L'entraînement quotidien des athlètes n'est pas non plus inoffensif. Les déchirures musculaires et décollements de l'aponévrose, enveloppe du muscle, sont très fréquents. Ils sont d’autant plus dangereux qu’ils sont détectables seulement par IRM (Imagerie par résonance magnétique).Or, s'ils ne sont pas pris en charge rapidement, ils peuvent engendrer des dommages musculaires nécessitant une longue immobilisation. Pour éviter d'aller jusque-là, l'équipe soignante est toujours à l'écoute des joueurs. Par exemple, à chaque entraînement de l’équipe de France, trois kinésithérapeutes sont présents et le médecin voit ses Bleus deux fois par jour. Les joueurs n'hésitent pas à signaler tout problème, même léger, car leur corps est leur outil de travail.

Prévenir plutôt que guérir

Le suivi régulier a permis de réduire de nombreuses lésions. Les pubalgies, inflammations des adducteurs trop sollicités par la conduite de balle et les déplacements latéraux, ont quasiment disparu. Les médecins se sont rendu compte qu'elles pouvaient être évitées par une musculation plus importante des abdominaux. Les joueurs ont donc adapté leur entraînement à ces constats. Les entorses de la cheville sont moins fréquentes car terrain et chaussures s'améliorent.

La machine s'use

Les blessures vont également évoluer avec l'âge. Les accidents musculaires sont de plus en plus fréquents et l'arthrose apparaît chez les plus sensibles dès 26 ans. Tous les médecins s'accordent à dire que le sport de haut niveau n'est pas bon pour la santé. Ainsi, un footballeur retraité, en plus d'un certain embonpoint, sera sujet à de nombreuses pathologies d'usure prématurée. Selon le Dr Gérard, médecin du LOSC, «un joueur professionnel a des articulations de 55 ans à l'âge de 40 ans». Les séquelles des efforts physiques à haute dose sont essentiellement l'arthrose du genou et de la hanche. Et ces conséquences sont inévitables, tout comme celles du dopage. Le corps n'est pas une machine éternelle, il s'érode, devient d'autant plus vite fragile et cassant qu'il est sollicité.

Anne Veyret

« Le travail de médecin sportif est très difficile. Il faut négocier en permanence avec l'entraîneur pour déterminer au plus juste la durée des repos. Car un joueur sur la touche est inutile à l'équipe. En revanche, s'il force trop, il risque une blessure plus grave, donc une immobilisation plus longue. Le médecin veille à ce qu'il s'arrête en temps et en heure pour se ménager, y compris quand l'entraîneur le pousse à se surpasser. C'est un juste équilibre nécessaire à la santé de l'athlète. »

Jean-Daniel Escande, médecin de l'équipe réserviste du LOSC.

 

 

 

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