PELOUSE

Ô gazon, si fidèle à tes bourreaux…

 
 

Contrairement à son cousin des jardins publics, servant de douce couche aux amoureux, le gazon du terrain de football est soumis à rude épreuve.

Dans l’arène du stade, ce sont vingt-deux joueurs et trois arbitres, soient 50 pieds massifs et un escadron de crampons qui battent la pelouse. Les mottes de terre arrachées par les tacles fougueux et le piétinement sont autant de fatalités à prendre en compte avant de poser une pelouse sur un terrain de football. N’est pas « gazon à crampons » qui veut. En effet, « la pelouse sélectionnée doit répondre à certaines exigences, notamment la résistance à l’arrachement et à la fréquentation » explique Bernard Bourgoin. Ce chercheur de l’INRA, du laboratoire Génétique et amélioration des graminées fourragères et à gazon, sait de quoi il retourne. Il a contribué au choix de la pelouse la mieux adaptée pour équiper le Stade de France, en 1998, à partir d’une grande diversité d’espèces de gazons et, au sein de chaque espèce, des nombreuses variétés disponibles.

Près de 300 kilogrammes d’azote pur par an sont apportés à la pelouse du Stade de France pour sa fertilisation.

Le pâturin des prés, espèce de gazon à rhizome.

Gazon un brin résistant

Les différentes semences ont subi une notation, basée sur quatre critères (résistance à l’arrachement, au piétinement, aspect hivernal et aspect esthétique). Le mélange suivant a été retenu : 40 % de ray-grass anglais (des variétés Apollo et Plaisir) et 60 % de pâturin des prés (variétés Entopper et Unique). Le ray-grass anglais est la star des pelouses sportives. Cette espèce robuste présente une bonne tolérance au piétinement. Celui-ci a pour effet de déchirer les parties aériennes et de compacter le sol (avec des conséquences sur le développement des organes aériens et souterrains).

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D’après Bernard Bourgoin, « cette capacité de résistance est liée au nombre de talles (ndlr : un brin de gazon est constitué d’un enchevêtrement de brins élémentaires appelés talles), une caractéristique de chaque variété ». Pour le pâturin des prés, un autre facteur interviendrait : le développement de tiges souterraines, appelées rhizomes, édifie un véritable grillage stabilisant les racines. Ce système naturel a d’ailleurs inspiré certains ingénieurs pour la création d’un procédé rendant le gazon ultra résistant.

Nicolas Cennac