|
Voilà
dix ans que ça dure : dix ans que les trublions d’Art
Point M, de défilés en installations, de raves en braderies,
sortent l’art contemporain des murs dans lesquels on essaie
encore de le cloisonner. Et l’exportent à l’Apollo
de Barcelone, aux Rendez-vous électroniques de Beaubourg, ou encore au Dumbo
Art Center de New York. Cette année, la directrice
artistique de la compagnie, Fanny Bouyagui, le crâne à moitié
rasé et la boucle d’oreille au nez, a sorti de sa poche un
spectacle interactif, Quelques
gens de plus ou de moins. Les spectateurs, qui ne sont pas les consommateurs abrutis d’images que l’on imagine, sont invités à
effectuer un parcours interactif. A chaque étape son lot de
sensations, d’interrogations, d’angoisses et d’émotions
en tous genres. Le flâneur y croise un drogué en manque, une
jeune femme qui lui raconte l’histoire de son inceste. Il est
aussi incité à passer la main à travers un mur. Derrière ce
mur, un corps, d’homme ou de femme, que l’on peut toucher,
palper. Mais il peut aussi
passer son chemin.
Femmes
qui défilent en rose avec pour seul bijou,
une fiole de sang ou
un crâne de chat
Art
Point M est une association dont on parle de plus en plus
dans le Nord-Pas-de-Calais. Et qui, partout où elle
passe, laisse des traces. Comme en Albanie, où elle a apporté
dans ses bagages un spectacle pour tous, enfants compris :
jeux de massacres, personnages grossis pour un succès certain.
Un voyage qui a marqué Fanny, au point d’inspirer un de ses défilés
français, sur le thème des femmes aux abords des camps
militaires. En clair, la prostitution. Femmes outrageusement
maquillées qui défilent en rose, avec pour seul bijou une
fiole de sang ou un crâne de chat.
Et comme si ce n’était
pas assez, chaque année, Art Point M organise sa braderie de
l’art, dans une usine désaffectée des faubourgs de Roubaix
(Métro Eurotéléport,
tiens, tiens !). Le principe est simple : des artistes
sont invités à produire une œuvre d’art en 24 heures, qui
sera vendue entre 1 et 1500 francs. Une manifestation qui fait
sortir l’art contemporain de ses gonds et attire des créateurs
d’autres pays européens. Cette année, un fil de fer dressé
sur un petit socle de bois (le tout mesurant moins de 20 centimètre
de haut), s’est vendu… 1,75F ! On l’a compris, Art Point
M se fiche des cadres institutionnels, et c’est tant mieux. La
métropole a déjà ses musées : Tourcoing, Villeneuve
d’Ascq, et bientôt … Roubaix.
L’association de Fanny
Bouyagui pourra-t-elle alors être de la fête en 2004 ?
Sera-t-elle "prévue au programme" ? Vu le
discours de la mission Lille 2004, qui semble encore très
"institutionnel", on en doute.
Julien
Prétot
|