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Reviens mon humour !
Blagues cyniques
et ironie farouche :
lutte contre la névrose pendant la guerre.
Aujourd'hui le rire se fait rare.
« Lhumour,
dans notre ville encerclée, était la véritable, la
seule nourriture spirituelle. Les obus pleuvaient et les gens réfugiés
dans les caves attendaient quarrive un voisin, se demandant sil
aurait une nouvelle blague à raconter », se souvient Sead
Fetahagic, vieil intellectuel sarajévien, un des rares écrivains
sensibles au rôle particulier du rire pendant la guerre.
Il y a un
esprit spécifique à Sarajevo. Beaucoup de plaisanteries
inventées ici ont circulé dans toute lex-Yougoslavie.
Suljo et Mujo, deux Bosniaques traditionnels un peu simplets, en sont
les principaux personnages. Leurs aventures illustrent les difficultés
de la vie quotidienne et labsurdité de la guerre : «
Cétait une façon de résister, une manière
de se battre, de ne pas perdre la tête. Les gens qui tiraient sur
nous, les Milosevic, Tudjman et les autres, je ne les ai jamais vus rire.
Ils navaient pas besoin dexutoire, eux », confie Sead,
fronçant malicieusement ses sourcils broussailleux.
Au temps
du siège, lhumour a pris des accents satiriques. Les Bosniaques
sont devenus leur propre cible et leurs dirigeants campaient en première
ligne sous la mitraille.
Du rire
à lamertume
Cinq ans
après, les désillusions poussent encore de rares auteurs
à entretenir le feu de la critique. Nenan Velickovic, la trentaine,
a publié pendant un an des chroniques dans le magazine Ljiljan.
À travers la correspondance imaginaire dun fonctionnaire
anglo-saxon, ce jeune écrivain philosophe dénonce les travers
de la communauté internationale et de la population locale.
Le hic prévisible,
cest que les lecteurs bosniens ne se reconnaissent jamais : «
Il y a ici un grave problème de remise en cause. Ce nest
pas vraiment de lorgueil, mais plutôt un manque déducation,
de la paresse », observe Nenad, visiblement affligé. Lhumour
est toujours aussi répandu en Bosnie-Herzégovine, mais il
est à présent beaucoup moins insolent et plus amer. «
Peut-être parce quon ne sait plus doù vient le
malheur », suppose Sead, avant de commander un autre whisky.
Peut-être
aussi parce que depuis la fin de la guerre, lautocensure simpose.
« De nos jours, écrire de telles choses, raconter ces blagues,
ça peut vous fermer des portes. » Récemment, Sead
sest vu refuser la publication dun texte à cause dune
phrase invitant Alija Itzebegovic à se rendre en Republika srpska
: « Je lui disais quil y serait attendu avec une kita.
En bosniaque, ce mot désigne à la fois un bouquet de fleurs
et un pénis ! Les dirigeants du journal ont dû avoir peur
des représailles. »
Nenan se
heurte aux mêmes écueils. « La satire na plus
davenir dans ce pays, les Bosniens ne sont pas prêts pour
ça. » Pour la santé morale dun peuple en crise,
lhumour fait office de thérapie collective. Comiques, humoristes
et satiristes sont encore rares enBosnie-Herzégovine. Même
si Sead Fetahagic, pionnier en la matière, proteste : « Je
suis toujours là, moi ! »
Laure Maltaverne
et Laurent Védrine
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Satire
dans tous
les coins

Cannes
2001. « No man's land » gagne le prix du scénario.
Le Bosnien Danis Tanovic signe là sa première uvre
de fiction, après avoir réalisé de nombreux
documentaires sur la guerre dans son pays. (lire)
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