stigmates : réfugiés  

Stigmates

 

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Une vie minée

Depuis la fin de la guerre, seules 10% des mines
ont été neutralisées. Les Bosniens devront
attendre 50 ans pour marcher d'un pas tranquille

Mejra Ketana affiche un sourire las. Autour d'elle, ses petits-enfants papillonnent, courent devant la maison. D'un oeil vif, elle surveille leur petit jeu, puis parle avec gravité. « Quand je suis revenue ici, après la guerre, j'ai dû vivre trois mois dans la cave. Je ne savais pas où se trouvaient les mines ».

De sa maison, une vieille bâtisse posée à flanc de colline, ne restait que des ruines. Située sur la ligne de front de Vogosca, à quelques kilomètres de Sarajevo, son jardinet offrait un terrain propice aux pièges. « Ce sont les soldats de la Forpronu (Force de protection des Nations unies) qui sont venus le nettoyer. Ils ont trouvé dix-huit mines. » Pourtant, la vie n'a toujours pas repris son cours. Car il faut encore sécuriser les champs qui surplombent la fermette.

« Aujourd'hui encore, je ne peux aller partout. C'est pénible, d'autant plus que je m'occupe de mes gamins. Je leur interdit d'aller trop loin et je dois tout le temps les mettre en garde. »

Un million d'engins

Assis à ses côtés, Salko Durmo l'écoute distraitement en classant ses documents. Il anime l'équipe de démineurs qui travaillent à une centaine de mètres de là. Inspecteur au Mine action center (MAC), l'organisme qui gère toutes les opérations de déminage en Bosnie-Herzégovine, Salko est malheureusement sûr d'avoir du travail jusqu'à la retraite : « On estime à un million le nombre de mines encore présentes dans le pays. Quand on sait que deux personnes nettoient 120 cm2 de terrain par jour, on peut être sûr d'en avoir pour 50 ans. »

Munis de détecteurs de métaux et d'une " armure " dérisoire, les démineurs n'ont pas le droit à l'erreur. Quand la sonnerie de l'appareil retentit, ils sondent la terre à petits gestes d'horloger. L'attention est alors à son paroxysme : un geste imprécis suffit à déclencher le mécanisme. Une fois la mine repérée, il ne reste plus qu'à la détruire à l'explosif.

Devant un tel arsenal, on comprend mieux le désarroi des civils, condamnés à changer leurs habitudes de vie. Dans les écoles, on invite les enfants à ne pas s'éloigner des routes. De grandes affiches frappées d'une tête de mort sont placardées sur les murs. Des films éducatifs dépeignent les ravages que provoquent les mines.

Mais la prévention ne suffit pas. Depuis 1996, en Bosnie-Herzégovine, 335 personnes ont succombé à ces legs empoisonnés. Surtout, les blessures psychologiques sont, elles, inquantifiables. Inquiet, Salko Durmo espère simplement que tout cela « servira de leçon pour les générations à venir. Les mines sont vraiment l'arme la plus lâche qui soit. »

Frédéric Bourigault

 

La ronde infernale
des déplacés

Cinq ans après le conflit qui a vidé les villages,
plus d'un million de personnes vivent
dans la maison d'un autre ou ont retrouvé
leur logement squatté.
Exemple d'un de ces chassés-croisés.
(lire)


La longue cavale des criminels de guerre

Radovan Karadzic et Ratko Mladic,
inculpés de crimes contre l'humanité,
sont toujours en liberté.
Protégés ? La France est pointée du doigt. (lire)


Portés disparus

Cinq ans après, retrouver les victimes du conflit est de plus en plus difficile. Mais le besoin de savoir est toujours aussi prégnant. (lire)

 

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