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Un festival
de subventions

Sarajevo, ville de théâtre, de cinéma et d'expos.
Oui, mais toutes les manifestations sont financées
par des fonds étrangers.

Musées fantômes, cinémas déserts... L'expression consacrée « Sarajevo, capitale culturelle des Balkans » n'a plus lieu d'être. Dans les couloirs des organismes internationaux, tous s'accordent à dire qu'« il faudra du temps pour reconstruire la culture locale ». Première raison invoquée, la fuite des élites - un tiers de la population d'avant le chaos - que ne compense pas l'afflux des déplacés venus de la campagne et peu éduqués. Autre motif, le manque d'argent. Se cultiver n'est plus vraiment une priorité pour les habitants de Sarajevo. La fragmentation des pouvoirs fait le reste : on ne dénombre en Bosnie-Herzégovine pas un ministre de la Culture mais douze (dix cantonaux, un fédéral et un pour la Republika srpska.

Pourtant, une poignée de festivals - cinéma, théâtre, Beaux-arts - animent la ville toute l'année. Mais depuis la fin de la guerre, ils peuvent à peine miser sur des subventions ministérielles - l'enveloppe culturelle ne représente que 0,3 % du budget global de la Fédération. Leurs initiateurs sont donc contraints de solliciter des fonds extérieurs. Publics - sur la période 1994-2000, l'aide de l'Union européenne dépasse le million d'euros - ou privés, ils sont vitaux. Les investisseurs ont donc droit de vie ou de mort sur tout projet.

Ouverture sur le monde

Ce qui pose la question de l'indépendance artistique des manifestations subventionnées. Créées pour la plupart avant le conflit, elles n'ont pas modifié leur programmation même si l'aide étrangère a contribué à les internationaliser. C'est le cas du festival de théâtre Mess, né en 1960. D'abord expérimental et confidentiel, il s'est ouvert après la guerre à toutes sortes de performances théâtrales, musicales ainsi qu'à des représentations de danse, productions locales, européennes et mondiales.

Cependant, pour Dino Mustafic, directeur du Mess, la tutelle n'a pas changé grand-chose. « Même si la population sarajévienne a évolué et que son pouvoir d'achat est faible, notre public est resté le même. Ce sont surtout des étudiants en arts et en philosophie ». Selon Ibrahim Spahic, directeur du festival pluri-artistique d'Hiver, l'aide extérieure ne peut qu'être positive : « L'avenir culturel de Sarajevo passe par une ouverture sur le monde ».

Vitrine artistique officielle

Le festival du Film de Sarajevo, lui, fut d'emblée soutenu. Né en 1995, il avait pour ambition de faire découvrir le cinéma étranger aux Sarajéviens. Aidé de quelques amis, organisateurs des festivals d'Edimbourg et de Locarno, Mirasad Purivatra, son directeur, a fait venir des réalisateurs venus d'ailleurs à Sarajevo. « Le projet a remporté un grand succès, auprès des spectateurs internationaux et des locaux ».

Depuis, des invités de marque tels que Léos Carax, Steve Bushemi ou encore Mike Leigh, pour l'édition 2001, parrainent chaque année le festival du film. Mais plus qu'une manifestation officielle et de prestige, il s'agit surtout d' « un moyen de donner leur chance aux réalisateurs bosniaques et de leur permettre de rencontrer d'autres directeurs de festivals ainsi que des maisons de production pour percer à l'étranger », insiste Mirsad Purivatra.

Fruit d'initiatives locales, ces festivals semblent avoir pour objectif d'acquérir un caractère officiel. Plus, ayant survécu au conflit, ils donnent l'impression de vouloir à tout prix ressusciter le mythe d'avant-guerre. Mais aussi reconstruire une vitrine artistique officielle à Sarajevo susceptible d'attirer l'attention hors-les-murs. De toute façon, leurs organisateurs n'ont guère le choix. Ils sont entièrement dépendants de l'aide internationale. Et tous ont compris qu'il n'ont finalement qu'une alternative : vivre sous perfusion ou mourir.

Eléonore Colin

 

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