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Des ondes sous le chocLes menaces qui pèsent sur la radio Studio 99 illustrent les difficultés de l'audiovisuel bosnien, entre manque d'argent et censure du CSA local
Aujourd'hui, elle émet toujours. Pour combien de temps ? Son directeur, Adil Kulenovic, se débat pour la tenir à flots. Malgré les problèmes financiers, communs à la plupart des médias locaux. En dépit du matériel offert par l'Unesco, ses journalistes sont sous-payés, ses recettes publicitaires inexistantes. Toute la station va à vau-l'eau. Anarchie sur les ondesEn février dernier, Studio 99 reçoit son arrêt de mort pour la région de Tuzla, signé de la toute-puissante Agence de régulation des communications (CRA). Un coup de poignard dans le dos pour Adil, une évidence pour l'Agence. Ce CSA local, créé en juin 1998 par la communauté internationale, est chargé de remettre au pas les médias audiovisuels de Bosnie-Herzégovine. Et pour cause : à la fin de la guerre, près de trois cents radios et télévisions fleurissent sur tout le territoire. Fréquences saturées, réseau anarchique: l'Agence est obligée de mettre le holà. Toutes les stations sont d'abord enregistrées, des licences d'émission de six mois délivrées. Les choses se gâtent avec l'attribution des licences définitives, amorcée en octobre dernier. Une compétition, fondée sur le mérite, est lancée, ouverte à toutes les candidatures. Pour émettre, il faut obtenir un minimum de 24 points sur 40. « Business plan » avant tout
Mais quand l'homme parle indépendance et grands principes, l'Agence rétorque « business plan ». Exit les symboles de la guerre ? « Les stations doivent trouver le moyen de survivre. C'est leur problème. Nous ne regardons pas en arrière », rétorque Amela Odobasic, chargée des relations publiques au CRA. Adil totalise quand-même 25 points. Mais l'Agence lui retire sept points de pénalité. L'ère du soupçonInstrument de propagande, les médias portent une responsabilité énorme dans la guerre. D'où l'extrême vigilance des Occidentaux. Le contenu des programmes est scruté à la loupe. Tout débordement verbal, tout propos équivoque est immédiatement sanctionné. Inutile pour cela d'appeler au meurtre. Studio 99 en a fait l'amère expérience. Moins un pour avoir qualifié la guerre de Bosnie de « guerre d'agression », et non de guerre civile. Ou encore pour avoir directement mis en cause Slobodan Milosevic. Excès de zèle d'une Agence soupçonneuse ? « Tous les médias étaient d'accord. Nous les avons informés des règles, invités à dire ce qu'ils en pensaient, explique Amela Odobasic. Nous avons reçu en tout et pour tout dix commentaires. Ils ne nous ont pas pris au sérieux. » Selon les observateurs, un tiers des stations devraient pourtant fermer d'ici l'été. De quoi provoquer un tollé chez les journalistes. « Censure », « incompétence », « critères trop sévères » : les professionnels fustigent cette instance prompte à distribuer bons points et punitions. Considérée de surcroît comme le suppôt d'une communauté internationale au « comportement colonialiste », dixit Adil. « Elle a beaucoup contribué au développement de médias indépendants, reconnaît Zoran Udovicic, directeur de l'Institut Mediaplan, école de journalisme de Sarajevo. Mais n'a pas fait confiance aux forces locales. » Méfiante, la communauté internationale a préféré monter de toutes pièces certaines chaînes, telle la télévision OBN, véritable fiasco financier [lire encadré]. Quitte à laisser de côté ceux qui avaient fait leurs preuves pendant la guerre. « Elle n'a pas su miser sur les idéalistes », note Alec Guiral, de la Ligue de l'enseignement, engagée au côté de Studio 99. Des idéalistes comme Adil, contraint de faire appel et de revoir sa copie, pour présenter un nouveau « business plan ». Il cherche de l'argent, comme OBN, lâchée par les occidentaux. « Aujourd'hui, nos deux stations sont dans la même situation, note le directeur. Mais notre avenir est plus prometteur. Car nous avons appris à survivre dans la tourmente. » Cécile Deffontaines |
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