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Babel BuebEn plein coeur de Sarajevo assiégé, Francis Bueb crée sa bibliothèque. Le combat d'un homme libre, aujourd'hui à la tête du centre culturel français
Cheveux courts
et frisottés, regard triste et pénétrant, discrète
mouche au menton, il ressemble à Gainsbourg. Dans sa manière
de s'exprimer, d'humer sa cigarette, éternelle, de siroter le vin
rubis qui hante son verre nomade. De tester, encore, la résistance
mentale des autres. En contrecarrant malicieusement leurs propos pour
les inciter à dépasser leur intellect cadré. Sollicité,
il reste de prime abord évasif et parvient à inverser les
rôles avec brio. L'intervieweur devient l'interviewé. Car
Francis préfère mener la danse et fustiger « les
accords de Dayton qui ne sont pas des accords de paix » que
de parler de lui ou de la guerre car « c'est douloureux et
indécent ». Voilà pour le premier « La plus longue nuit du XXe siècle »Il faut revenir
alors. Sans prendre rendez-vous, juste comme ça, à l'improviste.
Une fois, deux fois, trois fois et la timidité mêlée
d'orgueil se dissipe. La discussion s'assouplit et les sourires s'esquissent.
Tandis que le masque tombe, on commence à s'attacher. S'il en agace,
le père du Centre culturel français Au début
du conflit, Francis Bueb, directeur des rencontres culturelles de la Fnac
et profondément touché par l'abandon des Sarajéviens
à leur sort, anime des débats et encourage la publication
d'auteurs bosniaques en France. Comme pour troubler le silence hermétique
des grandes puissances. Mais cela ne suffit De Paris-Sarajevo au centre André MalrauxAidé
d'une dizaine d'amis journalistes, photographes, écrivains et artistes,
il ouvre alors une librairie au centre de la ville martyre. « C'était
une entreprise dingue ! Un acte de foi contre le crime, une petit part
arrachée à la mort ». Un moyen d'affronter la
terreur et l'ennui inhérents à la guerre. Paris-Sarajevo
voit donc le jour en face du marché Markale, non loin de l'avenue
Tito. Les livres sont acheminés via la légendaire et terrifiante
piste Igman, sous l'il perplexe des Sarajéviens « qui
se demandaient qui était ce fou de Français ». Deux ans
plus tard, Francis Bueb n'a pas quitté Sarajevo - « Il
fallait que quelqu'un reste »- et fonde dans les même
locaux le centre André Malraux. Soutenu par des amis, divers donateurs
et fondations privés ainsi que les ministères de la Culture
et des « Un doigt d'honneur »Francis Bueb
revient alors sur l'essence de sa démarche. « Ca voulait
dire quoi venir à Sarajevo ? Faire la nique à ceux qui torturaient
la ville. Une manière de dire aux habitants " Vous
n'êtes pas seuls, ce cauchemar finira un jour au moment où
ils désespéraient de tout ". C'était un
doigt d'honneur. » Levant
son majeur au ciel, il mime sa furie. Se ressert du vin, répond
au téléphone, écrase sa clope, en reprend une autre,
caché derrière son bureau enseveli sous d'instables colonnes
de livres. Autour de lui, gravitent de jeunes Sarajéviens bilingues
et des professeurs de français qui l'épaulent sans répit
pour faire vivre le centre. Zera, Rusmir, Claire, Abdel
Ziba surtout,
l'âme sur de Francis Bueb, « la vraie patronne »
omniprésente et indispensable. Ce jour-là,
ils portent tous deux un tee-shirt noir. Le mot espoir se détache
en blanc de leur poitrine. On pense à Malraux. Oui, pourquoi Malraux
? « Il m'a appris ce que la France peut avoir Eléonore Colin
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