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Babel Bueb

En plein coeur de Sarajevo assiégé, Francis Bueb crée sa bibliothèque. Le combat d'un homme libre, aujourd'hui à la tête du centre culturel français

Il déambule de pièce en pièce vêtu de sombre, l'air un peu perdu, entre ces choses qu'il connaît si bien. Les livres, les disques, les photos, les vidéos, les affiches aussi. Rimbaud, Satie, Irma Vep, Godard, Malraux, Bunuel, Souchon - éclectisme parfait - peuplent pêle-mêle l'espace de son micro-univers. Le centre André Malraux créé en 1995, en plein cœur de Sarajevo. « Né de la guerre et dans la guerre, c'est l'expression d'une révolte, une petite contribution à l'humanité », glisse Francis Bueb.

Cheveux courts et frisottés, regard triste et pénétrant, discrète mouche au menton, il ressemble à Gainsbourg. Dans sa manière de s'exprimer, d'humer sa cigarette, éternelle, de siroter le vin rubis qui hante son verre nomade. De tester, encore, la résistance mentale des autres. En contrecarrant malicieusement leurs propos pour les inciter à dépasser leur intellect cadré. Sollicité, il reste de prime abord évasif et parvient à inverser les rôles avec brio. L'intervieweur devient l'interviewé. Car Francis préfère mener la danse et fustiger « les accords de Dayton qui ne sont pas des accords de paix » que de parler de lui ou de la guerre car « c'est douloureux et indécent ». Voilà pour le premier
contact.

« La plus longue nuit du XXe siècle »

Il faut revenir alors. Sans prendre rendez-vous, juste comme ça, à l'improviste. Une fois, deux fois, trois fois et la timidité mêlée d'orgueil se dissipe. La discussion s'assouplit et les sourires s'esquissent. Tandis que le masque tombe, on commence à s'attacher. S'il en agace, le père du Centre culturel français
André Malraux ne peut laisser de marbre. Déroutant et
provocateur certes, mais captivant. Humaniste, avant
tout.

Au début du conflit, Francis Bueb, directeur des rencontres culturelles de la Fnac et profondément touché par l'abandon des Sarajéviens à leur sort, anime des débats et encourage la publication d'auteurs bosniaques en France. Comme pour troubler le silence hermétique des grandes puissances. Mais cela ne suffit
pas. Quelques voyages à Sarajevo et, un jour de 1993, il choisit de s'immiscer au sein de la capitale assiégée quitte à sombrer dans « la plus longue nuit du XXème siècle ». Première image :
« La ville était pétrifiée, désespérée ». Son initiative, le quadragénaire l'analyse en quelques mots : « Personne ne peut ni entrer ni sortir d'un siège, c'était un défi, un pari … ».

De Paris-Sarajevo au centre André Malraux

Aidé d'une dizaine d'amis journalistes, photographes, écrivains et artistes, il ouvre alors une librairie au centre de la ville martyre. « C'était une entreprise dingue ! Un acte de foi contre le crime, une petit part arrachée à la mort ». Un moyen d'affronter la terreur et l'ennui inhérents à la guerre. Paris-Sarajevo voit donc le jour en face du marché Markale, non loin de l'avenue Tito. Les livres sont acheminés via la légendaire et terrifiante piste Igman, sous l'œil perplexe des Sarajéviens « qui se demandaient qui était ce fou de Français ».

Deux ans plus tard, Francis Bueb n'a pas quitté Sarajevo - « Il fallait que quelqu'un reste »- et fonde dans les même locaux le centre André Malraux. Soutenu par des amis, divers donateurs et fondations privés ainsi que les ministères de la Culture et des
Affaires étrangères français, il est aujourd'hui incontournable. Diffuseur de la culture française, lieu de passage, de beauté, d'échanges et de vie. On peut y boire un verre au mini-bar, y feuilleter un livre ou un numéro des Cahiers du Cinéma, se caler
dans un fauteuil et regarder un film.

« Un doigt d'honneur »

Francis Bueb revient alors sur l'essence de sa démarche. « Ca voulait dire quoi venir à Sarajevo ? Faire la nique à ceux qui torturaient la ville. Une manière de dire aux habitants " Vous n'êtes pas seuls, ce cauchemar finira un jour au moment où ils désespéraient de tout ". C'était un doigt d'honneur. » Levant son majeur au ciel, il mime sa furie. Se ressert du vin, répond au téléphone, écrase sa clope, en reprend une autre, caché derrière son bureau enseveli sous d'instables colonnes de livres. Autour de lui, gravitent de jeunes Sarajéviens bilingues et des professeurs de français qui l'épaulent sans répit pour faire vivre le centre. Zera, Rusmir, Claire, Abdel… Ziba surtout, l'âme sœur de Francis Bueb, « la vraie patronne » omniprésente et indispensable.

Ce jour-là, ils portent tous deux un tee-shirt noir. Le mot espoir se détache en blanc de leur poitrine. On pense à Malraux. Oui, pourquoi Malraux ? « Il m'a appris ce que la France peut avoir
de noble », s'enflamme ce résistant en exil, héritier improbable du général de Gaulle. « Je suis juste un homme ordinaire, un idéaliste qui a peut-être trop lu de romans et qui a crée quelque chose qui le dépasse. »

Eléonore Colin


 

 

Un
festival de subventions

Sarajevo, ville de théâtre, de cinéma et d'expos.
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Tableaux sans cadres

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Les menaces qui pèsent sur Studio 99 illustrent les difficultés de l'audiovisuel bosnien entre manque d'argent et censure du CSA local. (lire)


Un journal en panne dans une tour
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Emblème
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OBN, le lâchage d'une télé sans public

Sur le Web

Oslobodenje
www.oslobodjenje
.com.ba

 

 

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