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« La réislamisation
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Pour Xavier Bougarel,
chercheur au CNRS,
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En Bosnie-Herzégovine, l'islam est traditionnellement peu politique. Cela s'explique surtout par 45 ans de communisme, une période où les leaders religieux se montraient suivistes envers les politiques. Il existe pourtant depuis les années trente un courant islamiste organisé, le mouvement des Jeunes musulmans. Dissous au cours de la décennie suivante, il est réapparu dans les années soixante, dans un contexte de liberté d'expression religieuse. Ceux qui créeront plus tard le SDA (Parti d'action démocratique) sont issus de cette mouvance. En arrivant
au pouvoir au printemps 1990, le SDA a entamé un processus de réislamisation.
En quoi a-t-il consisté ? Voilà une trentaine d'années, le pouvoir avait tenté de minimiser l'impact de l'islam. Tout le travail du SDA a été de le replacer au cur de l'identité nationale, et il y a plutôt bien réussi. C'est la victoire du nationalisme et du panislamisme, en réplique aux ambitions serbes et croates. Engagée au début des années quatre-vingt-dix, la réislamisation a été un processus autoritaire, directement lié à la guerre. Dans l'armée, par exemple, les postes d'attachés aux affaires religieuses revenaient aux imams. En marge de l'armée, on trouvait les brigades musulmanes, dont la base idéologique est le jihad (guerre sainte). C'est la décennie des attaques contre les mariages mixtes, des fatwas (décrets religieux), des anathèmes contre les musulmans qui célèbrent Noël, entre autres. Mais plus le pouvoir a tenté de s'immiscer dans la sphère privée des gens, plus il s'est heurté à une résistance farouche. On touche ici à la limite et à l'échec de la politique du SDA. En quoi
la guerre a-t-elle conforté la toute-puissance du SDA ? Elle a marqué une étape importante, puisque le fait d'afficher des sentiments religieux est devenu un moyen d'ascension sociale et politique très rapide. L'allégeance politico-religieuse au SDA a été le moyen de progresser dans l'appareil d'Etat. L'Islam sert de nouveau critère de sélection pour les élites au pouvoir. Pendant une décennie, toute une partie de l'administration a été encadrée par le SDA. C'est le cas des services secrets. Les institutions
religieuses ont-elles été renforcées par le conflit ?
Oui, même
si paradoxalement leur prestige est aujourd'hui affaibli. Au-delà
des apparences, les institutions religieuses souffrent d'un important
discrédit moral, à cause de l'image de corruption, de népotisme
et de favoritisme associée au SDA. Pour le moment, le SDA est encore KO. Le SDP a recueilli plus de 25 % des voix : c'est la double revanche des laïcs et des non-nationalistes. Les sociaux-démocrates ont fêté leur victoire sur le mode de la revanche anti-religieuse. Près de Tuzla, par exemple, on a grillé un cochon sur la place du village. Le SDA avait pris une première claque aux municipales d'avril dernier. Pendant six mois, ses dirigeants se sont efforcés de remobiliser leur électorat, et s'en sont mieux sortis en novembre. Mais la pression de la communauté internationale, résolue à balayer les nationalistes, a joué. D'ailleurs, on n'entend pas beaucoup ceux du SDA : ils ne se sont même pas prononcés sur les velléités sécessionnistes croates. Propos recueillis par Fanny Rey |
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