Protectorat |
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L'État fantôme |
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Drapeau, passeport, législation... La communauté internationale s'occupe de tout et s'efforce de promouvoir une nouvelle élite politique modérée. |
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Dans le bâtiment bleu et blanc du Bureau du Haut-représentant (OHR), véritable forteresse surveillée jour et nuit, un responsable explique, « c'est politiquement incorrect de le dire, mais la Bosnie-Herzégovine est un quasi-protectorat. Nous pouvons annuler des lois, imposer des décisions, et virer des responsables politiques élus démocratiquement. » Ainsi en mars de cette année, Wolfgang Petritsch annonçait la destitution du Président bosno-croate, Ante Jelavic, coupable d'avoir soutenu la sécession des Croates de Bosnie. En octobre 1999, c'est déjà l'OHR qui congédiait 22 responsables politiques, parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec la nouvelle législation sur l'accès à la propriété. L'hymne national, le drapeau bosnien, les plaques d'immatriculation ou les passeports communs, la loi sur les télécommunications... Depuis cinq ans, les rares avancées vers un Etat unitaire sont le fait de la communauté internationale. « Nos dirigeants sont incapables de se mettre d'accord. Il faut bien que quelqu'un le fasse à leur place. » L'opinion d'Illija, un retraité bosniaque qui a voté pour les modérés du SDP (Parti social-démocrate) aux dernières élections, est loin d'être isolée à Sarajevo. A tel point que certains Bosniens, parmi les plus attachés à l'intégrité de leur pays, réclament non pas une tutelle, mais un véritable protectorat international. Seul moyen selon eux, d'éviter une partition de la Bosnie-Herzégovine. Même chez les partisans du SDA (Parti d'action démocratique), le parti nationaliste bosniaque, beaucoup acceptent la présence du " protecteur ", faute de mieux. Avec un fatalisme qui confine parfois à l'apathie politique. Dans un tel décor, encourager la participation politique des citoyens dans un pays qui a subi un demi-siècle de communisme et cinq ans de guerre civile relève du casse-tête. « Plus on impose des décisions qui devraient être prises au niveau local par les dirigeants élus, plus on entretient la population dans cette dépendance politique. » reconnaît Ralph Johnson, le diplomate américain, numéro deux de l'OHR. Plus que la complexité des institutions politiques, la mauvaise volonté des dirigeants nationalistes au pouvoir explique l'immobilisme en Bosnie-Herzégovine depuis six ans. L'émergence d'un État démocratique unique sonnait le glas des carrières, bâties à coups de promesse d'indépendance. « Le seul moyen de faire fonctionner les institutions est d'attirer les modérés des différentes communautés dans les instances politiques », analyse Ralph Johnson. Malgré le faible recul des partis nationalistes aux dernières élections législatives, la communauté internationale a réussi à échafauder une coalition modérée au Parlement. Quant aux nouveaux membres bosno-croate et bosniaque de la présidence, ils assurent vouloir travailler ensemble rompant ainsi avec leurs prédecesseurs. Le président bosniaque Beriz Belkic se veut optimiste, la relation entre la Bosnie-Herzégovine et l'OHR est en train de passer de la tutelle au partenariat. Dans quelques années, nous n'aurons plus qu'une frontière, une armée et un président. » A l'OHR, Ralph Johnson est plus sceptique, « beaucoup de membres de la jeune génération ont choisi l'exil. Et il faut bien avouer que pour l'heure, il n'y a pas de personnage doté à la fois de la volonté, de la compétence et du charisme susceptibles de fédérer la Bosnie-Herzégovine ». Inutile de lui demander si la communauté internationale est encore là pour longtemps. Alexandre Lenoir |
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