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Les quartiers se paupérisent et seul le centre-ville préserve un environnement familial.

 

Sarcelles renie son âme


 

Dans cette ville de 58 000 habitants, les récents actes criminels contre des écoles juives ont achevé de dégrader les relations entre juifs et Arabes, déjà tendues depuis le début de la deuxième Intifada, en 2000, au Proche-Orient. Sarcelles a perdu son image de cité cosmopolite, où toutes les communautés cohabitaient harmonieusement.

Texte André Lehmann et Delphine Paysant

Photos Blandine Flipo

Vendredi, 11 h. Jour de marché à Sarcelles. La foule se presse entre les travées, avenue Joliot-Curie. Une ambiance joyeuse, vivante, qui tranche avec l'habituelle monotonie des barres de béton. Les stands juifs côtoient les étals musulmans. Boubous, keffiehs et kippas se croisent.

Au marché, le vendredi matin, les communautés coexistent dans une apparente harmonie. Comme autrefois ? L'illusion ne dure pas. En dehors, on ne se mélange plus. La ville est désormais coupée en deux. D'un côté, les juifs, presque tous rassemblés dans le centre ville - un quartier de standing, avec bosquets, squares et salons de thé. De l'autre, les musulmans, cantonnés dans les périphéries, dans les grands ensembles délabrés. Seule l'avenue Pierre Kœnig connaît encore une certaine mixité. Et beaucoup de tensions.

" Sarcelles est devenue une ville ultra-communautaire. Cela a d'abord engendré une forme de méfiance, puis du racisme ", note Mourad Boughanda, jeune conseiller municipal issu d'une liste indépendante. Marc Djeballi, le président de la communauté juive, refuse " de sombrer dans la paranoïa ". Il se dit toujours " heureux d'habiter Sarcelles ". Pour l'instant. Mais demain ? " Oui, nous nous affolons, confie ce médecin. Chaque jour, une dizaine d'actes d'origine criminelle atteignent notre communauté. Comment voulez-vous que nous vivions tranquillement ? "

 

 



 


 

Dimanche 28 avril 2002...

...Un incendie se déclare à l'école juive Tiferet Israël, à Sarcelles (Val-d'Oise). C'est le deuxième incident de ce genre en quelques mois. Une semaine plus tard, l'origine criminelle est avérée. La colère et l'incompréhension gagnent la communauté juive, la plus importante d'Ile-de- France. Convaincus qu'il s'agit d'actes antisémites, les juifs de Sarcelles se sentent rejetés par les autres confessions, particulièrement les musulmans.

Jusqu'à récemment, les deux communautés cohabitaient paisiblement : arrivés ensemble au lendemain de la décolonisation de l'Afrique du Nord, ces "presque cousins" avaient des souvenirs à partager. Mais la montée des inégalités sociales a séparé leurs enfants.

Avec la nouvelle Intifada, chaque groupe s'est replié sur lui-même. Dans les quartiers, les différences s'affirment. En dépit des tentatives de conciliation des autorités religieuses ou de simples citoyens, l'incompréhension grandit. Nombre d'habitants stigmatisent une psychose sans réel fondement, selon eux, si ce n'est un ras-le-bol général.

Les autres s'interrogent. Ces actes criminels sont-ils isolés ? S'agit-il d'une transposition du conflit palestinien ? Entre fantasme et réalité, les Sarcellois ne savent plus à quels saints se vouer.

 

 
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Mai 2002