Bruno Etienne dirige l'Observatoire du religieux à
Aix-en-Provence et est professeur au Collège de France et franc-maçon. Il s'exprime sur
le lien qui unit religion et ésotérisme. Dernier livre paru : L'initiation.
Propos recueillis par Blandine Flipo
"Les grands maîtres de l'ésotérisme musulman étaient aussi des
théologiens. On ne peut pas parler d'ésotérisme sans parler de fait religieux. Il n'y a
aucune séparation entre les deux, il y a seulement différents niveaux d'expérience et
de pratique.
Le mot "ésotérisme" vient du grec esoterikos, "ce qui
est caché", "réservé aux adeptes". C'est un ensemble de doctrines, une
façon de concevoir le monde. Il y a des athées convaincus qui sont en fait de grands
mystiques ésotériques. C'est une quête de spiritualité, de l'essence de l'homme. Cela
répond au précepte "connais-toi toi-même".
On n'est pas sûr que toutes les religions répondent à l'angoisse
métaphysique de l'homme. Dans tout phénomène religieux il y a une dimension orthodoxe
et un aspect plus marginal. L'ésotérisme correspond-il aux pratiques peu orthodoxes ?
Où est la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas ?
On assiste à un emboîtement de ces deux réalités. Certains lieux de
pèlerinage de religions anciennes sont devenus des hauts lieux de pèlerinage chrétien.
Aucune société n'a réussi à éliminer ces pratiques ésotériques. Les hommes ne se
satisfont pas de ce qu'on leur propose. On ne peut pas les empêcher de faire leur
bric-à-brac, pour essayer de comprendre ce qui les attend. " |