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Marseille, la rebelle, l'exubérante, aime les symboles.

Direction la rue d'Aubagne, à deux pas de la Canebière. Derrière une vitrine de cette ruelle pentue et colorée, entre une épicerie arabe et un magasin de tissu, des diaconesses luthériennes finlandaises, aidées par un Syrien orthodoxe, dispensent trois fois par semaine des cours de français à des femmes musulmanes et coptes égyptiennes...

" De tels rapports entre communautés religieuses si différentes auraient été inconcevables en Bourgogne, par exemple, où j'ai commencé à exercer, raconte Alain Battut, le prédicateur de la paroisse luthérienne Saint-Gabriel. Mais ce qui est inconcevable ailleurs ne l'est pas à Marseille. Il m'est déjà arrivé d'aller prêcher dans la paroisse catholique voisine pour remplacer un prêtre souffrant... "

Quelques rues plus haut, la basilique Notre-Dame-de-la-Garde symbolise à elle seule ce climat particulier. Surtout quand elle connaît, comme aujourd'hui, l'affluence des grands jours. Celle des jours de matchs OM-PSG. Au milieu des touristes allemands et hollandais, des supporters allument quelques cierges. Parmi eux, Mehdi, un jeune musulman d'origine comorienne. Brûler un cierge dans une église catholique ne le dérange manifestement pas. " Je viens ici avant chaque grand match, sourit-il. Sur cette colline, il n'y a pas de catholiques, de juifs ou de musulmans. La Bonne Mère, elle est sacrée pour tout le monde. "

Car Marseille la rebelle, l'exubérante, aime le symbole. Comme Marseille Espérance, l'association réunit les dignitaires des sept grandes religions représentées dans la cité phocéenne : catholiques, protestants, orthodoxes, arméniens, juifs, musulmans et bouddhistes, " dans un esprit de paix et de dialogue ". Elle est à l'origine de l'Arbre de l'espérance, grande structure métallique construite à l'occasion du 26e centenaire de la ville.

À ses pieds figurent les noms de 350 000 Marseillais appelant au respect et au dialogue entre les communautés. Symbolique aussi, le reboisement du massif de l'Étoile, dévasté par le feu l'année passée. Deux mille jeunes de tous les groupes religieux de la ville y ont planté trois mille arbres dans une ambiance de kermesse populaire en mars dernier.

Les limites de l'exception religieuse marseillaise ne sont pourtant pas à chercher bien loin. Dans le quartier de la porte d'Aix, un des plus métissés de Marseille, le dialogue interreligieux est vécu comme " une parlote inutile " entre représentants des différentes communautés.

 




Devant les murs tapissés d'ex-voto, les supporters de l'OM de toutes religions, remettent leur équipe entre les mains de Notre-Dame-de-la-Garde.

 

Devant la mosquée bondée à la prière du vendredi, les musulmans du quartier Belsunce sortent les tapis dans la rue.

 

Le dimanche, une trentaine de fidéles se réunissent pour l'office dans la plus vieille église orthodoxe de France, construite en 1820.

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Mai 2002