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Sur quatre cents filles musulmanes, seules cinq ou six portent le voile chaque année. Un nombre stable. " Je trouve monstrueux d'exclure des jeunes filles pour leurs croyances ", s'enflamme le proviseur. " C'est de l'hypocrisie, pour ne pas dire du racisme. Les catholiques ne portent pas le voile, mais leur religion ne leur demande rien. Alors que pour une musulmane, c'est vraiment important. C'est de la discrimination pure et simple. Pour moi, la laïcité c'est l'égalité. "

Sa méthode pédagogique est aujourd'hui reconnue par l'Éducation nationale. Son credo lui a permis de créer un dialogue avec ses élèves : " C'est facile d'établir une norme et d'exclure les autres, mais après il ne faut pas se plaindre s'il y a de la violence. Les jeunes, on leur dit "vous êtes Français", mais on leur dénie le droit de l'être à leur façon. On leur reproche tout et n'importe quoi, l'Algérie, les attentats. Alors qu'accepter l'autre comme il est, comprendre ce qui est important à ses yeux, c'est le meilleur rempart contre l'extrémisme. "

Chaque année, une semaine culturelle dont les élèves choisissent le thème est organisée. Les cours s'arrêtent pour laisser place au dialogue et à la découverte. Il y a deux ans "Le Nord - Pas-de-Calais", l'an dernier "Nos origines". Et cette année, "Comprendre le monde". " Les élèves étaient très perturbés par les attentats du 11 septembre ou par ce qui se passait au Proche-Orient. Cette semaine a permis d'en parler, mais aussi de leur faire prendre conscience qu'on peut changer les choses. Quand un peuple entier est humilié en Palestine, on ne peut pas rester sans réagir.

Le lycée est aussi le lieu où l'on apprend à se révolter, où l'on apprend que l'on peut changer le monde et créer une société meilleure. La laïcité, c'est aussi la lutte pour la liberté et l'égalité. "Laïque ou pas, la pédagogie du proviseur porte ses fruits.

Malgré un contexte social difficile, le lycée Lavoisier affiche aujourd'hui une violence minimale et d'excellents résultats scolaires. En l'an 2000, 100 % des élèves ont eu leur bac. Et l'an dernier, deux jeunes filles voilées ont obtenu une mention très bien. Presque un succès personnel pour le proviseur. " Bien sûr, je ne prétends pas que c'est parce qu'elles étaient voilées qu'elles ont réussi. Mais quand même, si on les avait déstabilisées en les embêtant avec ça... "




 

 

Les pratiques pédagogiques du proviseur de Lavoisier, Jean-Pierre Lafage, sont aujourd'hui prises en compte par l'Éducation nationale.

 

 

Le foulard ne fait pas débat à Lavoisier. Ni chez les élèves, ni chez les parents.

 

Marseille croit en
son mélange

La cité phocéenne revendique son identité plurielle. Une toile de fond religieuse qui n'en finit pas de se tisser, malgré les tensions.

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Mai 2002