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Plus bas dans la rue, les bénévoles du centre d'accueil
des pèlerins informent, réconfortent, avertissent. Ce sont tous des anciens de
Compostelle. Retraités et catholiques, ils travaillent ici pour rendre au chemin ce qu'il
leur a donné, disent-ils. " On n'en sort pas indemne, confie Pierre, 71 ans. Je ne
suis pas le même homme qu'avant. Sur la route, il y a un esprit et une solidarité
incomparables. On rencontre des gens stupéfiants, on sourit à quelqu'un qu'on ne
connaît pas, avec qui on va partager des moments intenses. " Georges, 66 ans,
raconte ces gens qui s'embrassent en pleurant à l'arrivée à Santiago, " alors
qu'ils se connaissent seulement depuis quelques jours ".
Pierre a fait le chemin l'année dernière. " Le pèlerinage n'est
pas un acte gratuit. Il faut avoir foi en quelque chose, sans parler de religion. "
Il baisse la voix. Ses yeux sont ailleurs. " Mon fils était atteint d'une maladie
grave et il a guéri. C'était un remerciement, une action de grâce. Quand on est
croyant, on cherche toujours à améliorer sa foi, et je pense que je me suis amélioré.
On se retrouve seul face à la nature, dépouillé et hors du temps. C'est un chemin
d'humilité. Le fait de se sentir vulnérable nous rend plus forts. "
En 2001, année de jubilé de saint Jacques, le centre a accueilli près
de 14 000 pèlerins, 30 % de plus qu'en 2000. Le pèlerinage est à la mode. On vient de
partout pour aller à Compostelle. Beaucoup d'Européens, mais aussi des Brésiliens, des
Américains, des Australiens. Un Libanais, un Chinois, et deux Sri Lankais sont passés
l'année dernière. Marie-Eve, Canadienne de 21 ans, est arrivée par le train du matin.
" Je ne le fais pas à des fins religieuses. C'est plus spirituel et personnel. Un
bon moyen de faire le point sur ma vie. Ici, je suis loin de tout ce qui me stresse.
"
Un homme passe la porte du centre. Sexagénaire grand et solide, ses yeux
sont rouges. " Sa fille est morte il y a huit ans dans un accident de voiture ",
chuchote Georges. " Depuis, il vient marcher chaque année pour demander à Dieu
pourquoi il lui a pris sa fille. " Ce matin, il a dû revenir en arrière. Il y a 40
centimètres de neige au col d'Ibañeta, sur la route de Roncevaux, le chemin est
impraticable.
Le lendemain matin, la neige a fondu et les pèlerins peuvent reprendre
leur marche. Bernard, 50 ans, est parti il y a trois semaines de Montbrison dans la Loire,
avec Agris, un jeune Letton. " J'ai toujours voulu faire le pèlerinage. Quand
j'avais 5 ans, mon grand-père m'a montré les étoiles en me disant "Saint-Jacques,
c'est par là !" Ça m'a travaillé pendant quarante-cinq ans. "
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