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Bernard et Agris font quarante kilomètres par jour et
voyagent avec leur tente et leur duvet sur le dos. " On essaie de ne pas penser aux
pieds, car ils font forcément mal au bout d'un moment ", dit Bernard en souriant.
" On est près de la nature donc près de Dieu, mais ce n'est pas ça qui nous fait
avancer. Il s'agit plutôt d'une démarche spirituelle, au sens large. On revient un peu
sur son passé, sur des choses qu'on avait oubliées et on fait le compte. C'est
peut-être un nouveau départ. "
À la sortie de Saint-Jean, la route monte vers le col d'Ibañeta. Le
moindre hameau abrite une église, une croix, une vieille pierre. Le pèlerin marche sur
les traces de millions de prédécesseurs, depuis Mgr Godescale, évêque du Puy-en-Velay,
en l'an de grâce 951. " Je pensais connaître la France, mais je ne connaissais rien
", poursuit Bernard. " Tout change sous nos yeux petit à petit, le relief, les
paysages, les gens. On traverse des endroits magnifiques. Il y a quelques jours, je suis
entré dans l'abbatiale de Conques, dans l'Aveyron. Je suis resté assis plusieurs
minutes, la bouche ouverte. "
Le col, huit heures de marche
En haut du col, un brouillard épais recouvre la petite église de San
Salvador. Les pèlerins surgissent de la brume et du crachin, courbés sous leur sac à
dos. Derrière l'église, des croix en bois ont été plantées sur un monticule de terre.
Quelques mètres plus loin s'élève la pierre de Roland, puis le chemin descend vers le
hameau de Roncevaux.
Patrice, 50 ans, est moine trappiste au Mont des Cats, près de Lille.
Frère itinérant, il a déjà fait le trajet Vézelay-Saint-Jacques. Quatre mille
kilomètres aller-retour. Il voyage sans argent. " Je suis la voie de Jésus,
comme au Moyen âge ! ", lance-t-il. " C'est une grande expérience. Sur le
chemin, j'apporte ma foi et l'Évangile. J'éprouve un grand sentiment de joie. "
André, catholique " pas pratiquant ", fait lui aussi son
deuxième pèlerinage. " Vraiment spirituel la première fois. Plus "rando"
cette année ", précise-t-il. L'an dernier, il est parti de Bretagne sur un coup de
tête. " C'était un retour à la foi, je faisais les messes et les églises. Mon
père est mort il y a deux ans, je n'étais pas bien, et grâce au pèlerinage, je me suis
retrouvé. De Saint-Jacques, je suis parti à pied dans le Lot pour voir ma nièce. Je me
suis installé chez elle à la ferme pour l'aider. J'ai retrouvé une famille. "
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