|
Deux anciens adeptes, deux mouvements différents,
mais le même parcours. De la tentation jusqu'au rejet, via l'embrigadement.
par Vincent Michelon et Natasa Bosnjak
Roger n'a rien d'un fanatique. De famille catholique, il ne s'est jamais
senti concerné par la religion, qu'il ne jugeait pas " logique ". Il
a pourtant passé huit ans dans l'Église de scientologie.
Il y a une quinzaine d'années, il en entend parler par son oncle, déjà
membre de la secte. Puis se procure le livre écrit dans les années 50 par l'Américain
Ronald Hubbard, le créateur du mouvement. " Ce que j'ai lu me paraissait
plausible ", raconte cet ancien cadre à la retraite. La scientologie,
" pseudo-science proche du système psychanalytique freudien " qui
propose de " développer ses aptitudes ", suscite son intérêt.
" Pour moi, ce n'était pas quelque chose de religieux ou de spirituel, mais de
mental. "
L'expérience de Sylvie est plus douloureuse : à 19 ans, elle découvre
l'ECK (Énergo-chromo-kinèse), une secte guérisseuse (citée dans le rapport de la
Commission de l'Assemblée nationale de 1999). Agnostique, elle a pratiqué, adolescente,
la cartomancie. " On n'entre pas dans une secte, explique-t-elle. On s'y
accoutume. "
L'histoire commence lorsqu'elle rencontre son petit ami. " À
cette époque, j'étais angoissée par l'avenir. Je faisais des crises d'hypoglycémie, et
je voulais consulter un médecin. " Son petit ami lui explique qu'ils ne sont
pas " du même astral ", que leur couple risque de se briser.
" Il m'a fait rencontrer un médecin, un homéopathe, un médium puis un
magnétiseur. "
Rapidement, Sylvie ne voit plus ses amis. " J'habitais chez mes
parents. J'avais mon copain toute la journée au téléphone. " Il lui parle de
" courant vibratoire ", lui dit qu'elle est
" polluée ". " Au début on veut comprendre, puis on
intègre ce vocabulaire ", raconte la jeune fille. Elle n'en dit rien à ses
parents, poursuit ses études à Paris, mène une vie double.
Croire, oui, mais dans le respect
des droits de l'homme
" Un jour, je me suis retrouvée à Chartres à faire une
minute de silence devant un puits druidique. " Au bout de deux ans, elle est
parfaitement formatée. " J'étais programmée pour être l'"enfant élue".
On disait me soigner en me droguant au curare et au LSD. Je dormais beaucoup et j'avais
des hallucinations. " Son petit ami brûle toutes ses économies, exige plus de
sacrifices. " Un jour, il m'a demandé d'accepter un viol collectif par des gens de
la secte. J'ai tout raconté à ma mère. " |
|