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" C'est sûr que qu'on était déboussolés, il a
fallu s'adapter, mais on a joué le jeu, tout en gardant notre façon plus intérieure de
prier ", expliquent Marie-Christine et Philippe, "piliers" de
Saint-Nicolas. " Les années 70-80 ont été difficiles, un de nos prêtres avait
même perdu la foi. Maintenant, au lieu d'offices tristounets, nous voyons des gens
sourire, s'embrasser, se tutoyer. C'est quand même plus facile de croire que le Christ
est ressuscité. "
Malgré les critiques, les fidèles ne se sentent ni sectaires ni
marginaux
Lieu de passage incessant, Saint- Nicolas attire de nombreux étrangers,
avides de consacrer un temps de leur vie au service de Dieu. Liam, un jeune séminariste
américain, habitué des paroisses plus traditionnelles, a décidé de vivre un an avec
les charismatiques : " Après une période de crise, l'Église d'aujourd'hui vit un
profond renouvellement spirituel, chuchote-t-il près d'un Christ crucifié.
L'Esprit-Saint souffle, le mouvement charismatique en est une manifestation.
Les communautés nouvelles ont la fougue des églises primitives. "
Un sentiment qui rappelle la bénédiction de Jean-Paul II en 1998, à Saint-Pierre de
Rome, devant 300 000 membres des communautés charismatiques : " Ce soir, sur cette
place, centre du monde chrétien, c'est comme si se renouvelait ce qui s'est produit à
Jérusalem il y a deux mille ans. Comme les Apôtres, nous sommes réunis dans un grand
cénacle de Pentecôte (...). Vous êtes la preuve tangible de l'effusion de
l'Esprit-Saint. "
En attendant la prière du soir, Guillaume, 34 ans, raconte son parcours
autour d'un café. Après avoir coupé les ponts avec la religion et vécu dans le monde
de la finance pendant plusieurs années, il s'est senti " retourné comme une
crêpe " lors d'un voyage en Jordanie avec l'Emmanuel. Séminariste au diocèse
de Paris, il se prépare à devenir prêtre dans le Renouveau : " Être chez les
charismatiques ne veut pas dire être en marge de l'Église. Nous suivons le même
enseignement que les autres. "
Illuminisme, dérive sectaire, goût du merveilleux, le Renouveau fait
face à de nombreuses critiques, malgré son intégration progressive dans le cercle
catholique. Mais Guillaume s'en défend : " Libre à chacun de nous ignorer, nous
avons simplement envie de partager notre joie. " Dans l'église, la batterie
résonne. Aux guitares, Zbyszek, un Polonais, rêve d'introduire du heavy metal dans la
prière, tandis que Bernadette, charismatique de la première heure, entonne un couplet.
" À 20 ans, je cherchais un sens à ma vie dans le bouddhisme, l'hindouisme, mais le
voyage en Inde ne m'a pas comblée, confie-t-elle peu après. Avec le Renouveau, j'ai
compris que le christianisme n'est pas qu'une morale, c'est une bouffée de bonheur.
" Une centaine de voix louent Dieu, des chants en langues s'élèvent, des
témoignages spontanés provoquent des éclats de rire, l'assemblée applaudit un nouveau
baptisé. Signe de Dieu ? Il s'appelle Emmanuel. |
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