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" Ils n'appliquent plus le dogme à la lettre,
analyse le sociologue Yves Lambert. Les jeunes catholiques pratiquent un catholicisme
pragmatique. C'est l'épanouissement terrestre qui compte. Quand on a 20 ans et qu'on est
chrétien, on sélectionne les normes officielles qu'on accepte, sans obéir à la lettre
au Vatican. "
Bilal, 27 ans, est un beau parleur aux yeux verts. Ses parents sont
libanais, lui est né en France. Musulman. Un joint à la main, il sirote une bière
blonde. Sa pizza arrive : jambon, champignons et curs d'artichauts. Dans le dogme
musulman, le porc est interdit. Bilal décortique sa part de pizza pour enlever le jambon,
puis reprend son verre de bière.
Boire et fumer font aussi partie des interdits de l'islam. " Déjà
que je ne mange pas de porc, il ne faut pas trop m'en demander ", lâche-t-il,
goguenard. Être " un vrai musulman ", ce sera pour plus tard : " Un jour,
je ferai le pèlerinage à La Mecque et là, j'arrêterai la bière et les pétards. Mais
pour l'instant... " Pied de nez à la religion ? Pas seulement : pour beaucoup de
jeunes croyants, adapter la règle, en particulier les interdits sexuels et alimentaires,
permet de conserver la foi. La religion devient alors affaire de bricolage.
À 26 ans, même s'il suit scrupuleusement le shabbat le vendredi, David
ne rencontre pas seulement des juifs. Il se demande s'il doit renoncer à une histoire
d'amour sous prétexte que la fille n'est pas juive (la religion se transmet par la
mère). Même s'il a grandi " dans une famille traditionaliste, en allant à l'école
juive ". Même si aujourd'hui, il martèle qu'il entend bien donner la même
éducation à ses enfants. Pour l'heure, choisir est visiblement difficile.
Aimer, manger, faire la fête : juifs et musulmans doivent
régulièrement trancher. Respecter ou transiger, voire transgresser. Le poids des
interdits est plus fort dans ces deux confessions. Chez les catholiques, même les
générations plus âgées s'affranchissent du dogme. Beaucoup mangent de la viande le
vendredi et rares sont ceux qui font encore carême. Mais la liberté est encore plus
grande au sujet de la sexualité. " Coucher avant le mariage, il y a belle lurette
qu'on s'en est remis. Je suis catholique et je ne me suis même pas posé la question
", pouffe Nathalie, une étudiante de 24 ans. "
J'ai rencontré très peu de chrétiens qui observaient le dogme en
matière sexuelle ", confirme Janine Mossuz-Lavau, auteur de La vie sexuelle en
France. " Alors que cet interdit est encore très présent dans l'islam : les
jeunes femmes confient qu'il leur est impossible de faire le premier pas. Arriver vierge
au mariage reste la règle. Certaines passent outre, mais elles gardent un sentiment de
culpabilité très fort qui les prive souvent de plaisir. "
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