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par Laurent Pirot
Spectaculaire, la mobilisation générale de l'Église catholique au
lendemain du premier tour de l'élection présidentielle a marqué les esprits. Quelques
heures après l'annonce de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour, les évêques
de France se prononçaient clairement contre le Front national (FN).
Et pourtant, s'il est rare de voir l'Église intervenir dans le débat
politique, elle condamne les positions frontistes de façon presque régulière depuis
vingt ans. La première intervention publique d'un membre de l'Église catholique date de
1985, après la percée électorale du FN aux élections européennes de 1984. Mgr Albert
Decourtray, archevêque de Lyon, fustige alors " un parti politique dont certaines
thèses sont incompatibles avec la Bonne Nouvelle et l'enseignement catholique ".
À sa suite, les personnalités de l'Église multiplient les
déclarations. L'archevêque de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, dénonce notamment "
la haine du frère dont la peau est d'une autre couleur ". Comme le cardinal
Decourtray, il sera attaqué par Jean-Marie Le Pen. Le leader du FN fera huer les noms des
deux cardinaux par ses militants. En visite en France en 1986, le pape soutient
implicitement les évêques français dans cette démarche, qui met en avant l'amour de
l'autre, la solidarité et la tolérance.
L'Église rejette l'exploitation de certaines valeurs chrétiennes par
l'extrême droite. Jean-Marie Le Pen sait aussi recycler certaines paroles bibliques,
comme le " N'ayez pas peur, entrez dans l'espérance " (Matthieu, 14-27), cité
par le leader du FN le 21 avril dernier.
Au rythme de l'actualité politique, les incidents se multiplient. En
1992, la cathédrale de Reims ferme ses portes un dimanche pour empêcher les militants FN
de transformer la messe en meeting politique. En 1997, l'évêque de Poitiers, Mgr Albert
Rouet, refuse le baptême à un militant frontiste notoire, lui demandant de réfléchir,
et de choisir entre sa foi chrétienne et ses idées politiques. |
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