| SOMMAIRE
|
 |
|
 |
|
|
|
 |
|
C'est parfois un sourire plus crispé que renvoient les
institutions religieuses. En février 1998, Volkswagen parodie le dernier repas du Christ
pour le lancement de la nouvelle Polo. Immédiatement, l'association Croyances et
liberté, créée par la Conférence des évêques de France, assigne en justice le
constructeur automobile et l'agence publicitaire. Motif : " De nombreux croyants
ressentiront comme une offense grave une telle instrumentalisation des symboles de leur
foi. "
La pureté du blanc : image religieuse
ou symbole quotidien ?
" Je ne comprends pas leur réaction, soupire Pascal Couvry. Ils
devraient être contents : heureusement que la religion est encore utilisée dans la
publicité, ça montre qu'elle est toujours d'actualité. " Même verdict chez
Jérôme Cottin, théologien protestant et co-auteur de Dieu et la Pub ! " La
religion est l'imagerie la plus populaire qui soit, avec une symbolique qui dépasse les
publicitaires : parfois ils sont plus utilisés par le religieux qu'ils ne
l'utilisent." Sans toujours le savoir, les créateurs de pubs font jouer des symboles
qui ne sont pas anodins, comme la notion de péché ou la pureté du blanc. Manipulés ou
manipulateurs, ils sont le reflet de tendances réelles. " Je ne pense pas que la
société se "rechristianise", dit Jérôme Cottin. On assiste plutôt à un
retour du religieux informel : le New Age, le religieux de bazar. "
Alors, quand Mgr Billé, président de Croyances et liberté, évoque
" un langage des signes qui, aux yeux de tous, appartient à la foi chrétienne
", Jérôme Cottin est sceptique : " Les gens ont une attirance culturelle pour
le christianisme, sans forcément s'intéresser au message. Quand on utilise la Cène de
Vinci, c'est que ce tableau n'est plus la propriété de l'Église, mais de la culture
occidentale. " En somme, la religion n'a pas besoin de faire sa propre pub, n'importe
qui peut s'en charger. |
|

|
 |
|
Quand les protestants utilisent la pub |
|
 |
|
"ll faut ancrer l'instruction religieuse dans la vie
des adolescents, sinon ils s'en foutent. " La pasteure Isabelle Pierron donne des
cours de catéchisme aux 13-15 ans à l'Église réformée Robinson, à Châtenay-Malabry.
Elle étudie avec eux la publicité et anime ses séances grâce à Catépub, un ouvrage
diffusé par la SED, Société d'édition des quatre églises luthériennes et réformées
de France. Une approche originale de la catéchèse, avec l'analyse de quinze affiches
publicitaires, de la pomme croquée de Macintosh au jardin d'Éden de Cacharel. Autre
exemple : la campagne du ministère du Tourisme israélien, qui n'hésite pas, en
référence à la mer Morte, à inventer un nouveau commandement : " Tu ne couleras
point... " L'objectif est double. Aborder de façon ludique les textes bibliques et
divers thèmes - la mort, le racisme - en suscitant le dialogue et la parti-cipation
d'adolescents, à l'aise dans l'univers publicitaire. Mais aussi, développer leur esprit
critique. " On veut les amener à réfléchir à la façon dont la publicité
utilise, voire détourne le religieux pour mieux vendre ", explique Daniel Cassou,
directeur de la SED. Un pied de nez à la pub, mais aussi aux catholiques, que les
protestants trouvent tropfrileux vis-à-vis de certaines campagnes.
Marine Lamoureux |
|
|