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Karima, musulmane de 32 ans avoue sans hésiter qu'elle ne fait pas ses
cinq prières dans la journée. Faute de temps, faute de lieu adéquat. " Il
faut évoluer avec la société, le texte reste cantonné au passé. Mais je prie dans mon
cur, tout le temps. Je demande à Dieu de protéger ma maison et mon fils.
Psychologiquement, ça fait du bien. " L'islam, elle le considère surtout comme
un moyen de se faciliter la vie. " Dès que ça devient compliqué, je
supprime. " Elle mange halal quand elle en a la possibilité. Seuls interdits
qu'elle s'impose : l'alcool, qui " empêche de prier en pleine
conscience " et le porc, pour des raisons d'hygiène. Une pratique minimum, mais
à laquelle elle tient absolument.
Karima aime aussi visiter les églises. " Là où il y a la
parole de Dieu, c'est sacré. J'allume une bougie, je fais un vu. L'important c'est
Dieu, je respecte chaque religion, mais je suis née musulmane et c'est cette foi que je
veux transmettre à mon fils. "
La liberté est également essentielle pour Frédéric et Estelle
Demeyer. Ils se sont mariés à l'église Notre-Dame de Vincennes le 1er juin dernier. Un
choix guidé au départ par des considérations esthétiques et un désir de perpétuer la
tradition familiale. Frédéric, 28 ans, d'éducation catholique mais pratiquant
dilettante raconte dans un sourire : " Quand on a rencontré le curé, il nous a
dit : "Vous êtes un couple à risque pour l'Église, il va falloir vous recadrer,
sinon on n'a aucune garantie que vous élèverez vos enfants dans la foi." "
Les deux fiancés ont alors rejoint un groupe de chrétiens. Des
rencontres régulières avec d'autres couples catholiques pour discuter et lier
connaissance. Une manière d'intégrer en douceur un réseau de croyants. Frédéric et
Estelle ont désormais une image plus moderne de l'Église. Moins réfractaire à l'idée
d'aller à la messe, Frédéric en apprécie l'aspect " convivial et
communautaire ". Agnostique, Estelle aimerait découvrir un peu plus cette
religion dont elle ignore encore les codes. La clé de cette réussite : l'ouverture et la
capacité d'accueil de leur paroisse. La possibilité pour chacun de rester libre de ses
choix. " Si on m'avait imposé quelque chose, là, j'aurais reculé, j'aurais
dit non ", explique la jeune femme.
La religion n'est plus vécue comme un système global et contraignant,
mais certains rendez-vous restent impératifs. À Noël, Pâques ou aux Rameaux, les
églises font messe comble, mêlant pratiquants et non pratiquants. Il est presque
inenvisageable pour un juif de ne pas faire Kippour. Idem pour les musulmans avec le
Ramadan. Karima explique avec ferveur : " Faire le Ramadan c'est comme ne pas
toucher à la drogue. C'est un impératif. " Au Café De La Danse, à Paris,
Loïk Barouk, est l'initiateur des Belles nuits du Ramadan. Une manifestation dont le
succès illustre le retour du religieux culturel. " Ce n'est pas la religion qui
est mise en avant, mais le côté festif de l'événement. La rupture du jeûne est un
prétexte à la fête. " Au programme : concerts, pâtisseries orientales, thé
à la menthe et marché aux épices. Le public des Nuits est pluriel : " Un
tiers de communautaires, un tiers d'intellos, un tiers de branchés." Les
rassemblements religieux permettent de faire le point, de rencontrer d'autres croyants |
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