Sarcelles : juifs et musulmans
 
 
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Qu'est-ce que cela induit en matière de croyances ?

Il y a ici des enjeux qui dépassent le côté festif et anecdotique. Les gens ne situent plus leur croyance dans l'obligation, mais développent un goût pour la spiritualité des hauts-lieux et des moments forts. Passer Pâques à Rocamadour ou au Mont-Saint-Michel est plus séduisant que de rejoindre chaque dimanche les bancs de l'église. Deux nouvelles figures apparaissent sur la scène religieuse : le pèlerin et le converti. Le pèlerin, c'est celui qui choisit son parcours, module sa participation, selon un cheminement parfois très chaotique. Il privilégie une pratique hors du quotidien. Le converti, c'est l'individu moderne qui choisit sa religion au lieu d'en hériter, qui se la réapproprie dans le désir d'être authentique. Le choix religieux est pensé en terme de conversion.

Comment se traduisent concrètement ces évolutions ?

Longtemps, les pratiques festives d'une religion populaire ont été associées à l'idée de ruralité, à un monde en voie de perdition. Prenons l'exemple très parlant des "ostentions" du Limousin. De formidables processions qui ont lieu tous les sept ans. Les gens défilent avec les reliques des saints protecteurs de la ville pour rappeler leur soutien pendant la Grande Peste. Dans les années 60, les "ostentions" n'attiraient plus que quatre pelés et un tondu, et le clergé se montrait très réticent. Dans les années 70, les "ostentions" trouvent un second souffle sous l'influence des classes moyennes... Le clergé s'empresse alors de réinvestir cet événement et en profite pour faire de la "catéchisation" accélérée. Depuis, de nouveaux "saints protecteurs" ont intégré la procession, tel Martin Luther King.

La France serait donc toujours religieuse. Mais s'agit-il de la même spiritualité qu'au cours des décennies précédentes ?

De nouveaux mouvements religieux sont apparus dans les années 70-80 et se sont installés durablement dans le paysage religieux. Cette nouvelle spiritualité mêle syncrétisme, sagesses orientales et psychologie. Tout montre qu'il y a beaucoup de croyance en France aujourd'hui. Mais de moins en moins de personnes croient en un dieu personnel (à peine 20 %). De plus en plus de Français affirment croire, mais sans savoir en quoi. En particulier les jeunes, qui sont globalement moins athées que les générations précédentes mais qui sont plus branchés "esprit" que Jésus-Christ. La croyance est très individualisée, et de moins en moins encadrée par les institutions. Les croyants bricolent leur propre système de spiritualité pour donner sens à leur vie.

 




Danièle Hervieu-Léger. Directrice du Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux au CNRS.

 

Sarcelles renie son âme


 

A Sarcelles, un fossé se creuse entre les communautés juives et musulmanes, la religion peut créer des tensions.

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Mai 2002