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Peut-on toujours parler de religieux ?

Tout cela appartient au domaine du spirituel. Ces croyances ne sont dites religieuses que lorsque les individus se réfèrent à une filiation, à la continuité d'une lignée de croyants pour légitimer ce en quoi ils croient. Si vous dites "je crois en Dieu", vous êtes mystique. Si vous dites "je crois en Dieu comme d'autres y ont cru avant moi", vous êtes religieux. Mais cette lignée de croyants peut aussi bien être une communauté virtuelle : il ne s'agit pas de fréquenter les mêmes bancs de messe. Faire la route de Compostelle, c'est se réapproprier concrètement la continuité de toute une tradition de pèlerins. De nouvelles formes de communautarisme apparaissent. En réseau, dans des groupes d'affinités pas forcément stables dans la durée. Échanger des idées sur la mort, le sens de la vie ou l'âme, avec des amis autour d'un verre, constitue déjà un mode de validation du système de croyances qu'on s'est bricolé. Aujourd'hui, on n'est plus religieux par mimétisme ou pour obéir à ses parents. Même les jeunes catholiques les plus pratiquants ne vont plus à la messe pour faire comme leurs parents mais parce qu'ils y trouvent une respiration. Ce qui compte, c'est d'être authentique.

Retrouve-t-on le même bricolage dans l'islam et le judaïsme ?

Un jeune musulman qui désire s'affilier, même s'il recherche à tout prix une "authenticité musulmane", le fera en bricolant. Au contact d'associations ou d'amis, il se forgera une vision personnalisée de sa religion qui ne sera pas la même que celle de ses grands-parents. En retour, ses grands-parents devront affirmer leur propre manière d'être religieux. Autre exemple : les jeunes musulmans qui font le Ramadan sont plus souvent intéressés par la rupture du jeûne, la dimension communautaire de cette pratique, que par le jeûne lui-même, le retour sur soi. De même, le jeune juif qui mange kasher par hygiène bricole lui aussi. Il fait appel à des arguments extérieurs à la religion pour légitimer sa pratique.

Jusqu'où va ce besoin de spiritualité ? À quoi les sectes répondent-elles ?

La culture moderne est à la fois libératrice et lourde à porter pour l'individu, qui se doit, à chaque instant, d'être pleinement lui-même. Il arrive que des personnes fragiles, fatiguées de produire leurs pro-pres significations de vie rencontrent des personnes qui leur disent : " Moi je sais où est la vérité des choses. " Et qui leur offrent quelques certitudes simples, bétonnées pour redonner un sens à la vie. C'est là que les sectes entrent en jeu, alors que les grandes religions ont perdu leur monopole dans un contexte où le bricolage est roi. Les sectes répondent au désarroi par une spiritualité clés en main.

Des passerelles existent-elles entre les grandes religions ?

On vit dans une société à la fois de plus en plus tolérante et de plus en plus identitaire. On person-nalise de plus en plus sa religion : regardez les mariages, les funérailles, qui sont vraiment à la carte aujourd'hui ! D'une religion à l'autre, il y a aussi beaucoup de tolérance sur le mode du "chacun son truc". Mais plus la tolérance gagne, plus les petits noyaux qui produisent des certitudes toutes faites se durcissent. Et la menace de guerres de religions se renforce, du fait même de cette très grande tolérance qui affaiblit finalement l'individu, libre de choisir. Il n'y a jamais eu autant d'échanges interreligieux en France et pourtant jamais la religion n'a autant servi d'alibi communautaire. Et les manipulations politiques des thématiques religieuses se développent.





L'Eglise catholique s'interroge, vit-elle une crise ou un déclin relatif? Quelques expériences spirituelles dépoussièrent l'institution et font espérer un sursaut.

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Mai 2002