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Marc Sevin, éditeur à la fédération
biblique catholique mondiale et président du service
biblique catholique Evangile et vie. Il a co-dirigé
l'édition de la Bible Bayard, dans laquelle il a traduit
les Psaumes. Pour cette nouvelle traduction de la Bible, vingt
écrivains et vingt-sept exégètes ont
travaillé ensemble pendant six ans.
Par Anne Bernard
Comment avez-vous concilié les exigences
littéraires et religieuses de votre projet ?
Dans notre groupe de travail, certains étaient
croyants, d'autres pas. Mais en dépit de cette différence,
chacun d'entre nous voulait servir le texte. Il n'y a pas
eu d'opposition, car, tous, nous respectons la Bible. Bien
sûr, les laïques n'adhèrent pas au message
de ce livre. Mais cela ne les empêche pas de reconnaître
que c'est un texte de foi pour les croyants. D'ailleurs, les
textes sont bien plus parlants quand ils sont traduits pour
eux-mêmes que lorsqu'on essaie d'en rajouter. Nous avions
la volonté de redonner sens au langage chrétien
en utilisant la langue d'aujourd'hui.
On dit parfois que la traduction est une
trahison. Comment aborde-t-on ce problème lorsqu'on
s'attaque à un texte comme la Bible, fondement de religions
et repère pour les croyants ?
La clé, c'est de faire une traduction
à partir des textes originaux, d'où le fait
que vingt-sept exégètes aient participé
à l'entreprise. Il faut prendre une langue, son génie,
la comprendre, puis s'emparer d'une autre langue, de ses outils,
de ses possibilités. Mais il n'y a pas de raison d'avoir
peur de le traduire. Le texte de la Bible n'a jamais été
sacré. Ce sont les lecteurs qui le sont. La parole
de Dieu se fait dans des paroles d'homme. Si je la couvre
d'une chape de sainteté, je détruis son incarnation.
Quand la Bible Bayard est parue en septembre
2001, certains commentaires ont parlé d'une collaboration
unique, novatrice. Pensez-vous avoir réussi une nouvelle
forme de traduction de la Bible ?
Je pense qu'on ne pourra plus traduire la Bible
comme avant. Le travail en équipe mixte d'écrivains
et d'exégètes va s'imposer, même si je
sais que notre Bible comporte des défauts. Dans le
catholicisme, il y a deux piliers : la messe et la Bible.
Si on veut approfondir sa foi, il faut lire ce texte. La foi
est une chose compliquée à vivre et lire la
Bible permet de savoir comment d'autres s'en sont débrouillés
... C'est pour cela que l'Église fait traduire la Bible.
D'ailleurs, on devrait faire la même chose avec toute
la liturgie : les prières, les chants, les credo...
Beaucoup de gens rejettent la foi parce qu'elle est trop langue
de bois, qu'elle utilise des mots archaïques, vides de
sens.
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