Sarcelles : juifs et musulmans
 
Foi des exclus
Islam en banlieue
Communau-
tarisme religieux
Isolement et vie cloîtrée
Missionnaires mormons
Centre bouddhiste
Aix,
ville ésotérique
Pèlerinage à Compostelle
 
Dieu et les Tziganes
 
Église catholique à l'épreuve
Cohabitation et tolérance
 
Trois familles, trois religions
Femmes de foi
Kery James, rappeur converti
Siné, dessinateur athée
Fidèle de
l'Opus Dei
Anciens adeptes de sectes
 
Paysage spirituel d'aujourd'hui
Retour du religieux
Jeunes face au dogme
Livres sacrés
 
Piliers des religions
Tendance et statistiques
Calendrier des fêtes religieuses

 

 

Malek Chebel : Le Coran ne peut survivre que s'il est mouvement.


 

Malek Chebel est anthropologue, psychanalyste, spécialiste du monde arabe et musulman. Il a publié une vingtaine d'ouvrages sur l'identité, la psychologie et la symbolique musulmanes. Il a également préfacé une nouvelle édition du Coran (Petite bibliothèque Payot, 2001).

Par Anne Bernard

 

Le Coran est-il un texte difficile d'accès ?

Le Coran a été écrit dans une langue qui date du VIIe siècle et a été conçu comme un texte réservé au "clergé". Il est donc difficile à comprendre. C'est un texte hermétique, riche en ellipses, en circonlocutions, en métaphores, en images, basé sur une rythmique très travaillée. Il n'y a aucun moyen d'y accéder sans avoir passé des années à l'étudier, à moins de demander l'aide d'un théologien.

Quel rapport peuvent entretenir les croyants avec un livre peu abordable et pourtant au fondement de leur religion ?

Pour les musulmans, le Coran est la parole de Dieu. Ils n'éprouvent donc aucune défiance vis-à-vis de ce texte, même s'il leur reste obscur. Le manque de compréhension n'est pas un problème. Grâce à un système d'explication établi, le Coran est en permanence mis en lumière pour le croyant. Dans toutes les mosquées, par exemple, l'imam commente le texte aux fidèles. Le croyant n'est donc pas sevré d'explications. L'important n'est pas de comprendre le Coran dans sa totalité, mais plutôt de savoir ce qu'on en fait. Les croyants ont un rapport quasi magique à ce texte. Il y a une sorte d'intériorisation par le croyant, une sorte de pénétration. Même le support graphique est sanctifié.

Ce système d'explication du texte n'est-il pas source de nombreuses interprétations qui aboutissent parfois à des controverses ?

S'il y a des diversités d'interprétation, c'est parce que certains théologiens, ceux qu'on appelle les fondamentalistes, s'en tiennent au texte et pensent que ce qui a été dit au VIIe siècle à valeur éternelle. D'autres considèrent que le Coran n'est compréhensible que dans l'évolution. Il y a donc deux lectures possibles d'un même texte. Mais Dieu n'a jamais dit que tel ou tel avait raison. La question de l'interprétation est purement humaine. Pour ma part, je pense que le Coran ne peut survivre que s'il est mouvement, si son interprétation s'adapte à l'époque. Un texte qui ne donne pas de réponses aux problèmes d'aujourd'hui n'est pas un grand texte. Il faut, par exemple, qu'il me dise des choses relatives à la bioéthique. Si on garde une lecture strictement réactionnaire ou figée du Coran, cela induit que ce texte ne fait pas confiance à mon intelligence. Par conséquent, il m'infantilise.

Depuis les attentats du 11 septembre, on a constaté une augmentation des ventes du Coran. Comment l'expliquez-vous ?

C'est vrai qu'on a beaucoup parlé d'un retour au texte depuis le 11 septembre. Ça a été un déclic. Mais le Coran s'est toujours bien vendu. Avant même le 11 septembre, on observait déjà un retour vers les écrits sacrés, pour retrouver un équilibre au milieu de la superficialité. Ce mouvement de retour rend les gens plus forts. Et parallèlement, la référence au texte religieux leur donne des limites morales.

Ce retour au livre n'est-il pas également de l'ordre du réflexe identitaire ?

Cela va bien au-delà. Il s'enracine dans la tradition. Les gens qui reviennent au texte sont issus de la deuxième ou troisième génération d'immigrés. Ils ont donc déjà une identité solide et se sentent suffisamment forts pour dire : " Ceci est mon texte, ma tradition et je suis suffisamment français pour ne pas à avoir honte ".

 






 

 

 

Livres d'hier pour questions d'aujourd'hui

 


 

 

 

" La lecture de la Torah conduit à la redécouverte d'un système de références. "

Entretien avec Raphaël Draï, professeur agrégé à la faculté de droit et de sciences politiques d'Aix-Marseille.

 

 

 

" Nous avions la volonté de redonner sens au langage chrétien. "

Entretien avec Marc Sevin, éditeur à la fédération biblique catholique mondiale et président du service biblique catholique Evangile et vie.

 
École supérieure de journalisme de Lille | Équipe | Commander

Mai 2002