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Raphaël Draï est professeur agrégé
à la faculté de droit et de sciences politiques
d'Aix-Marseille. Ses livres portent sur la communication institutionnelle,
sur l'inconscient, l'éthique. Mais aussi sur le rapport
entre la politique et la religion.
Par Anne Bernard
Dans votre livre, La Thora (Michalon, 2000),
vous éclairez les concepts de loi et de droit inscrits
dans la Torah. La convention, le contrat entre Dieu et les
hommes est un thème central de votre ouvrage. Cette
analyse n'écarte-t-elle pas le caractère sacré
du livre religieux ?
Si l'on a ce sentiment, c'est parce qu'on néglige
la valeur d'un contrat, d'une parole échangée.
Aujourd'hui, le contrat n'est envisagé que sous son
aspect mercantile. De ce fait, on a tendance à oublier
son origine religieuse et métaphysique. Par le contrat,
fondement de la Torah, on fait le choix de la vie. La Bible
a des dimensions métaphysiques, mais, surtout, elle
aborde le " comment on peut vivre ensemble, comment
j'organise pratiquement mes relations avec autrui ".
La Torah est un énoncé à caractère
juridique. Et sa valeur intrinsèque réside dans
son étude. Sa lecture conduit à la redécouverte
d'un système de références.
La nature de la Torah, système de
références, participe-t-elle à la consolidation
des liens de la communauté juive ?
Ça dépend si on est croyant ou
pas. Beaucoup de gens disent qu'il est possible d'être
juif sans avoir la Torah comme référence. Mais
est-ce qu'on peut se dire catholique sans référence
à la Bible ? Il y a un risque à ériger
un judaïsme qui ne se reporte à rien du tout.
Dans l'État d'Israël, par exemple, cette séparation
pose problème. Il y a 54 ans, l'État s'est construit
de bric et de broc. Le droit public s'est constitué
sur le modèle des droits de l'Homme, alors que le droit
privé s'est basé sur le modèle de la
Torah. Il faut aujourd'hui dépasser cet antagonisme.
La Torah n'a-t-elle pas également
souffert d'un antagonisme avec la Bible dont elle fait pourtant
partie ?
En effet, ce livre a été pris
dans la controverse entre juifs et chrétiens. Il a
longtemps souffert de l'image d'un texte fermé, hermétique,
verrouillé, qui a fait naître un phénomène
de rejet. Mais ce sont des tendances sur lesquelles on est
en train de revenir. On commence à sortir de l'opposition
entre Ancien Testament et Nouveau Testament. On apprend grâce
à un dialogue réel entre juifs et chrétiens.
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