L'humour fait passer les tabous

 

 

Des dessins qui font moins mal

Aujourd'hui, la majorité des dessinateurs de presse travaille dans la presse généraliste. Sans oublier leur rôle d'agitateurs publics, ils apprennent l'autocensure.

 

Briseurs de tabous, les dessinateurs ne le sont pas toujours autant. Il y eut, dans l'histoire du dessin de presse, des périodes de plus ou moins grande insolence graphique. Le déclin de la presse d'opinion qui suit la Seconde Guerre mondiale amène par exemple les directeurs de journaux à refuser les dessins trop partisans. En revanche, pendant les années 60, les dessinateurs s'en donnent à coeur joie, comme l'explique Siné : « J'ai toujours oeuvré dans le même sens. Dans la provocation : les curés, les flics, le cul. Il s'est trouvé qu'en 68, on a pu les dire, les clamer sur les toits alors que jusque là, je les donnais plutôt sous le manteau ».

Certains desinateurs ont payé cher leur insolence. Au XIXe siècle, Daumier est arrêté et condamné à six mois de prison pour avoir représenté Louis Philippe sous le traits de Gargantua. Au début des années 1990, un dessinateur palestinien, Naji Al-Ali, critique tant à l'égard de la politique israélienne que de celle d'Arafat, est assassiné à Londres.

Des dessins plus consensuels

En France aujourd'hui, les dessinateurs ne paient plus de leur vie. Mais bousculer les tabous, c'est toujours s'exposer à la censure : censure officielle au siècle dernier ; risque de condamnation par les tribunaux aujourd'hui. La multiplication de procès a d'ailleurs incité les dessinateurs à la prudence. Kerleroux, dessinateur au Monde et au Canard enchaîné, affirme que « il y a de l'autocensure chez tous les dessinateurs, qu'ils le reconnaissent ou pas ».

Si les dessinateurs retiennent désormais souvent leur plume, c'est aussi parce qu'ils travaillent pour la plupart dans les grands titres de presse nationale et régionale. Non plus dans des revues spécialisées, radicales ou confidentielles. Le style devient donc plus consensuel.

Moins de tabous, moins de provoc.

Anne-Claire Danel et Sarah Tisseyre

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© - ESJ-Lille - février 2000